AUTEUR : GERARD CRISTIANO
           
LA RUE DE TUNIS







           Pour ceux qui l'on connu, c'était la rue qui allait du port au BAC. Elle était recouverte, à l'époque d'un goudronnage parfait.
           Dans notre bande, Il y avait ceux qui avaient des vélos et ceux qui avaient des patins à roulettes.
           Les premiers tiraient les deuxièmes et nous pouvions ainsi ressentir la griserie de cette « grande vitesse ».
                      J'avais des patins avec des roues en fer. Ils faisaient beaucoup de bruit, mais surtout plus de vitesse. Les courses se faisaient sur le trottoir très lisse du bâtiment administratif qui se trouvait en bordure du canal prés de l'embarcadère du bac. Ce revêtement semblable à du marbre permettait des dérapages dans les virages.
           Lorsqu'il n'y avait pas de tireur avec son vélo, je montais sur le mien et je faisais du vélo-patin.
           Dans cette rue, il y avait que je me souvienne: le djerbien chez qui nous faisions nos commissions et chez qui j'allais chercher à la sortie de l'école mon gouter , le coiffeur Monsieur TERRANOVA, le cinéma Le Majestique, le cordonnier qui réparait et faisait des chaussures sur mesure avec du vrai cuir, le boulanger qui cuisait nos gâteaux nos pizzas ou nos têtes d'agneaux au feu de bois, une grande alimentation, la cave à vin de Monsieur BONNANNO, la remailleuse de bas, le marchand de beignets qui avait la gentillesse de m'en faire un tout petit lorsque chaque dimanche j'allais en chercher pour toute la famille.            Ah que de couleurs, d'odeurs, de parfums, de souvenirs.


LE BAC




           Indispensable pour traverser gratuitement avec son véhicule ou à pied le canal sans faire le tour du lac par FERRYVILLE, les bacs et plus particulièrement le n° 2 nous servait pour aller chez ma grand-mère qui habitait ZARZOUNA.
           Il était également utilisé pour nous rendre avec l'Aronde de Monsieur PERLONGO à la plage du RUMEL où nous passions des journées magnifiques. Il y avait sa fille Mireille qui jouait de l'accordéon assise sur un tronc d'arbre, le hamac que mon père tendait entre deux sapins et que tout le monde se disputait à l'heure de la sieste, les grandes dunes que l'on gravissait avec grande peine mais que nous les enfants descendions en criant et en courant.
           Il nous était également indispensable pour aller à TUNIS où habitait ma grand-mère maternelle, et nous l'empruntions plus souvent lorsque mon père acheta « CUNEGONDE » notre première voiture : une 4 CV
           C'était aussi une promenade nautique, un motif et un prétexte de sortie. Nous faisions parfois plusieurs allers-retours, rien que pour le plaisir de regarder le mécanicien guider les véhicules automobiles ou hippomobiles sur la large plat- forme et d'entendre le grincement des chaines sous la traction du moteur.







ZARZOUNA


           Ma grand-mère paternelle y avait une petite maison et nous y allons très souvent. La route se faisait le plus souvent à pied, mais parfois, Oh délice suprême et en toute sécurité, en calèche qui avaient 4 roues, contrairement au corricolo qui n'en avait que 2 et donc moins sécurisant en cas de glissement du cheval.


      




           Ces visites étaient appréciées et attendu par toute la famille mais surtout par moi car avant de partir, mes parents m'achetaient chez l'épicier des amorces pour mon pistolet à bouchon que j'utilisais pour effrayer les oiseaux qui dévoraient les mûres et autres fruits.
           J'étais le seul autorisé par ma grand-mère à monter sur cet arbre, sans doute parce que j'étais le plus léger.
           Je remplissais des seaux de fruits que nous mangions le soir de retour chez nous, entre voisins sur le trottoir avec parfois des grandes cuvettes de fèves, des melons ou autres fruits et légumes.
           Ma grand-mère avait aussi de magnifiques volailles qui finissaient toutes à la rôtissoire pour agrémenter nos réunions de famille.
           Il y avait parfois tonton Etienne, sa femme et mes cousines, ma tante Aurélie, son mari mon cousin et cousines. Nous avions droit à un petit poulet chacun et cela ne nous faisait pas peur.
           Il y avait aussi des lapins, des coqs qui permettaient la reproduction, les œufs frais, les amandes, les légumes, les figues, les fèves, enfin quoi le bonheur l'insouciance et la joie de vivre.
           Mon oncle Etienne était policier. C'est avec ma grand mère paternelle de ZARZOUNA et ma tante Aurélie, qu'il parti pour LYON en 1959, rejoindre le reste de ma famille, nous laissant seul à BIZERTE.



MA RUE


           Bien que située au bord de la mer, ma rue fut un jour inondée. Ce fut l'occasion de chausser des bottes en cahoutchouc et de regarder passer devant la porte des périssoires. Cela ne durera pas longtemps, mais j'en garde un souvenir vivant.
           Il y avait aussi et surtout les marchants ambulants, celui qui vendait des oursins, des babalouches (escargots), des asperges sauvages, des dattes, des beignets (bombolonis), des gâteaux, le rémouleur qui aiguisait les ciseaux de couture de ma mère, le vitrier, le poissonnier avec ses rougets encore frétillants, le laitier, etc.…….Mais cela fera l'objet d'un autre chapitre.
           Après le passage de chevaux ou d'ânes, il m'arrivait parfois de ramasser le crottin pour le mettre dans les plantes vertes que ma mère entretenait dans notre petite cour.
           C'est devant la porte que les soirs d'été, nous nous rassemblions avec des voisins jusqu'à une heure avancée de la nuit pour discuter ou manger des amandes, des melons, de la pastèque etc.......
           Dans la maison de droite, il y avait mon copain Jacques. Je me souviens que suite à son décès, son père l'a enveloppé dans un drap blanc, et en taxi, nous sommes partis tout les trois pour une destination dont je ne me souviens plus.



MON VELO




           Je me souviens très bien de « ma dernière leçon ».
           Ma mère retenait le vélo par le porte bagage. Je riais aux éclats et pour la faire courir, je pédalais de plus en plus vite.
           C'est en arrivant à la fin de la rue que je me suis aperçu qu'elle ne m'avait pas suivie et que j'avais parcouru la distance tout seul.
           J'ai ressenti une grande peur, mais surtout de la fierté et j'ai pu faire une démonstration tremblotante lorsque mon père est rentré le soir de son travail.
           C'était un vélo de femme et je n'avais pas le droit de m'éloigner de la maison mais je crois avoir parcouru toute la ville. J'ai visité sans en parler à personne : le port, la cimenterie, la corniche, le gare routière, et que sais-je encore.
           Je savais descendre et monter un trottoir en le faisant cabrer et j'ai même appris après plusieurs chûtes, de ne pas freiner trop fort à l'avant pour ne pas passer par dessus le guidon et me retrouver ainsi bêtement au sol.
           Plus tard, j'ai appris à le démonter entièrement et à changer une chambre à air ou le câble d'un frein. Par contre pour une crevaison dont la réparation se faisait à chaud, pour dévoiler la jante ou pour repeindre entièrement le cadre, j'allais chez le mécanicien qui était dans la vieille ville.
           Je m'en servait pour aller en ville acheter à la mercerie située prés de MONOPRIX les fournitures dont ma mère avait besoin pour son travail mais aussi pour des casse-croûte Tunisiens ou des briques à l'œuf et même des pains de glace pour notre glacière.
           Ce n'est que lorsque je suis passé en 6 ème à l'âge de 12 ans que j'ai pu aller vers la fin de l'année scolaire au Lycée Technique François SENAT prés du cimetière.
           Un jour sur le chemin du retour, à hauteur de l'Avenue Habib BOURGUIBA, j'ai eu un léger incident avec un piéton. Celui-ci venait de ma gauche et traversait la rue. Au lieu de me laisser passer comme le prévoyait le Code de la Route à cette époque, il s'est avancé et je n'ai pu l'éviter.
            La police est intervenue, et suite aux explications, c'est le piéton qui a eu tout les tords.


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