Mis en ligne le 29 novembre 2005


LES HISTOIRES VRAIES DE L'ONCLE ETIENNE
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       ALLER A :
Première partie du 29 novembre 2005 LIRE
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Deuxième partie du 5 décembre 2005 LIRE
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Troisième partie du 12 décembre 2005 LIRE
ALLER A :
Quatrième partie du 19 décembre 2005 LIRE
ALLER A :
Cinquième partie du 26 décembre 2005 LIRE
ALLER A :
Sixième partie du 2 janvier 2006 LIRE
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Septième partie du 9 janvier 2006 LIRE
ALLER A :
Huitième partie du 16 janvier 2006 LIRE
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Neuvième partie du 23 janvier 2006 LIRE
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Dixième partie du 23 janvier 2006 LIRE
      


Le 9 janvier 2006
Histoires vraies : Septième partie


             La chasse aux gerboises

             Mon chien Loulou était un très bon chasseur et certains soirs d'été avec les voisins de mon âge, nous allions à la chasse aux gerboises. La gerboise est un petit rongeur de la taille d'un gros rat, qui comme le kangourou à de petites pattes à l'avant et de longues pattes à l'arrière, une très longue queue se terminant par un joli pompon blanc, vivant dans le sable et se nourrissant de cafards, de hannetons ou d'herbe fraîche.
            - La chasse de nuit était organisée de la façon suivante :
            On se dispersait sur une grande surface de terrain sablonneux où elle cherchait leur nourriture, et dés que l'on en apercevait une, on lâchait nos chiens sur la pauvre bête qui affolée fuyait dans tous les sens. Parfois il y en avait plusieurs à la fois, et là, c'était une vraie corrida. Nous les abattions en leurs lançant de gros bâtons, et en fin de chasse nous en avions de pleines musettes et nos mères nous faisaient de délicieux plats.
            - La chasse de jour était organisée différemment :
            La gerboise, craignant la chaleur du soleil, nous nous réunissions sur notre terrain de chasse et Loulou repérait les entrées des terriers. Mon chien creusait et aboyait, effrayant ainsi l'animal qui infailliblement tombait sur un chasseur qui l'attendait prêt à frapper avec son bâton.
             Lorsque nous parlions de chasse aux gerboises, notre Loulou sautait de joie et comprenait ce que nous allions faire lorsque nous prenions nos bâtons.


             Une baignade dans le petit lac

             Pour nous, c'était "le petit lac", mais en réalité, ce n'était qu'une petite crique située sur la droite de l'usine que nous appelions vulgairement "le minerai " et qui était tout simplement un énorme dépôt de minerai de fer provenant de Djerissa, de Kalaa de Djerba ou d'ailleurs.
             Dans ce dépôt était amoncelé des milliers de tonnes de minerai qu'un immense tapis roulant faisant des centaines de mètres déversait pendant des jours entiers dans les soutes des minéraliers, recouvrant d'une poussière rouge et sur des kilomètres les toits, les arbres et les routes.
             Ce petit lac se trouvait donc à proximité de notre domicile et pendant les vacances scolaires, les enfants et les adultes venaient s'y baigner.
             - Tu peux aller au lac avec ton petit frère, mais surveilles le bien car il ne sait pas encore nager, dit un après-midi, ma mère trop occupée par ses travaux ménager, à mon frère Edouard.
             A quelques mètres du bord, par un mètre de fond, avait été construit un plongeoir avec de grosses pierres et de vieilles planches.
             Chaque enfant avait sa manière de plonger, mais les plus âgés faisaient des prouesses.
             J'étais sur le sable en admiration, lorsque tout à coup je vis mon frère immerger le visage en sang. Il venait de heurter un cul de bouteille.
             Nous étions dans de beaux draps, nous allions être privé de baignade. Quoi faire ?
             Il fallait parer au plus urgent, c'est à dire cautériser cette plaie béante au cuir chevelue. Une large couche d'étoupe végétale, maintenue par le béret, fût appliquée arrêtant l'hémorragie.
             Bien sur il nous fallait rentrer le plus tard possible. La nuit été tombée, toute la famille était à table, c'était l'heure du dîner.
             - En voilà encore un qui ne quitte pas son béret à table, dit ma mère.
             Edouard me regardait mais ne bougeait pas, mais la soupe servie, ma mère le lui enlevait, lui arrachant un crie de douleur.
             - Toi tu as été faire encore la guerre !!!
             - Non c'est au petit lac, j'ai plongé et j'ai cogné le cul d'une bouteille dans le fond.
             Comme prévu, interdiction de petit lac jusqu'à nouvel ordre.
            


             Le bac

             C'était une sorte de chaland à fond plat d'environ 35 mètres de long sur 20 mètres de large formé d'une plate forme centrale terminée en ses extrémités par des passerelles qui étaient baissées par des câbles à chaque arrivée à quai, permettant l'embarquement et le débarquement des voitures, camions, charretons, troupeaux etc. avec à bâbord et à tribord des coursives latérales demie couvertes, réservées aux piétons.
             Deux chaînes à gros maillons s'entourant autour de deux grandes roues actionnées par un puissant moteur en assuraient le guidage. Le fonctionnement entre Bizerte et Zarzouna était de 05 heures 00 à 21 heures 00.
             A chaque accostage, un ouvrier était chargé d'alimenter les réserves en eau du bac avec un énorme tuyau en caoutchouc.
             En débarquant du côté de Zarzouna, sur la gauche, commençait la route vers Tunis avec à environ 100 mètres la bifurcation pour Menzel Abderrahman et de Ben Negro. Sur la droite, la route qui traversait le village bordée sur une centaine de mètres d'épiceries de café maures et du cimetière musulman puis, des villas, des jardins potagers et enfin notre pépinière.


             tunisiènne Mon accident sur le bac

             J'étais un enfant turbulent et il m'arrivait un jour un accident qui aurait pût avoir de très graves conséquences.
             Depuis quelques temps et sans en mesurer les risques, il me plaisais de placer mon pied à ras de la passerelle du bac qui à chaque accostage glissait sur le quai.
             Un jour que je portais des chaussures montantes, un gros clous de l'un d'eux se pris dans une saillie, stoppant net ma glissade et je me retrouvais le pied coincé entre la passerelle et le quai.
             Alerté par mes cris, ceux de ma sœur et des témoins, le capitaine Monsieur Chaulerillac, faisait relever immédiatement la passerelle, me libérant ainsi de ma fâcheuse position. Ma chaussure était pratiquement en angle droit, et après l'avoir retirée, mon pied pris l'allure et la couleur d'un gros boudin. Je pense que c'est grâce au fait qu'elles étaient montantes et faites dans un cuir épais que je n'ai pas eu le pied sectionné.
             C'est en carricolo et escorté par les gens du quartier que je rentrais chez moi.
             Ma mère venait à notre rencontre, étonnée de voir tous ce monde, et c'est lorsqu'elle me vit boiter et après avoir écouté un témoin qui en quelques mot lui racontait mon accident, qu'elle me pris toute en larme dans ses bras pour me porter dans la maison.
             - Comment c'est arrivée, me demandait-elle ?
             - Pendant que je descendais, quelqu'un m'a poussé, mais ma sœur eut vite fait de lui dire la vérité.
             Sa première réaction, dictée sans doute par la peur, fût de me donner une fessée avant de me soigner. Elle mis ensuite mon pied à tremper dans de l'eau chaude . Elle y fit quelques entailles pour évacuer le sang coagulé avant d'y appliquer une pommade et de recouvrir le tout par un pansement.
             Dans le bac de 18 h 30 ramenant les ouvriers à Zarzouna, le bruit courait qu'un enfant avait eu le pied sectionné par la passerelle, affolant les pères et les frères, mais ce fût les miens qui ont eu la surprise.
             Constatant que mon pied était toujours à sa place, mon père rentra dans une telle colère que je reçu une deuxième fessée, sans doute pour calmer la peur qu'il avait ressenti avant de rentrer à la maison.
             Après 10 jours d'immobilisation, il redevenait utilisable, je pouvais à nouveau marcher et je recommençais mon petit jeu.


             Le puit

             Un dimanche complet avait été réservé au nettoyage du puit. On avait retiré environ deux tonnes de terre, de boue, de troncs d'arbres, de vielles cornières rouillées, vestige de la création de la pépinière 30 ou 40 ans auparavant et qui avaient peut être servi à la fixation d'un moteur.
             Le lendemain, quoique saumâtre, l'eau était claire et limpide mais ne pouvait servir que pour les besoins ménagers.
             Une grande surface de terrain avait été travaillée et des dizaines de carrés avaient été ensemencés de divers graines de légumes.
             Tout le système d'irrigation de ces parcelles avait été imaginée et bâtie par mon père. C'était archaïque mais très efficace.
             L'eau était remontée par un système de balancier s'articulant sur un pivot avec un contrepoids sur l'arrière. Sur l'avant une longue corde au bout de laquelle était fixé un seau. En tirant sur cette corde, le seau plongeait dans l'eau, et dés qu'il était plein, il ne nous restait plus qu'à guider sa remontée qui se faisait sans effort sous l'effet du contrepoids.
             L'eau était déversée dans un grand tonneau percé dans sa partie inférieure et s'écoulait dans une rigole, arrosant un par un les carrés de légumes ou de fleurs.
             Je me souviens que ma sœur Marie s'exerçait tous les après-midi à puiser de l'eau. C'était devenu un jeu, et tout le monde trouvait la chose amusante.
             Un jeudi après-midi, alors qu'avec Aurélie nous étions dans le jardin, Marie comme à son habitude descendait le seau, le remplissait pour le déposer sur la margelle. Au cours d'une des remontées, le seau se retrouvait à son opposé. Elle voulu le saisir, mais perdit l'équilibre, et plouf ! La voilà tombée dans le puit.
             Nous étions intrigué d'abord par le bruit, mais surtout par la disparition soudaine de Marie. C'est en se penchant par-dessus la margelle que nous l'avons aperçu se débattant dans une eau assez profonde.
             Heureusement qu'elle savait nager, et sans perdre son sang froid, elle entreprit de remonter les 5 mètres de la paroi en s'aidant des fer en Té scellés dans le mur.
             Elle sortie toute mouillée et ne savait pas s'il fallait en rire ou en pleurer. C'est pris d'un fou rire que nous alertions notre père qui se rassurait en la voyant sur la terre ferme. - Heureusement que l'incident n'a pas eu lieu avant le nettoyage, elle aurait pût se briser les reins sur les barres de fer ou les troncs d'arbres.
             La source trouvée par notre père, était hors de notre terrain dans un lieu public.
             Les passants ne se contentaient pas de boire cette eau qui coulait en permanence, mais dans un esprit de vandalisme, ils arrachaient et cassaient tout, mettant notre père dans une grande fureur.
             Si seulement il pouvait en attraper un, il passerait un mauvais quart d'heure.
             Le matin, en traversant le village pour nous rendre à l'école, nous faisions appel à Khélil le porteur d'eau pour nos besoins de la journée.
             Khélil, était à moitié aveugle suite à une conjonctivite mal soignée, mais il gagnait bien sa vie en ravitaillant un grand nombre de ménages qui ne possédaient pas l'eau courante, avec son tonneau monté sur roues à brancards et tiré par un âne aussi paisible que son maître.
             De notre côté, nous nous efforcions de maintenir nos gargoulettes pleines d'eau potable, car placées au pied d'un gros eucalyptus, elles avaient la propriété de la maintenir toujours fraîche.


             Notre chien Djerbi

             Voici son histoire :
             Les dragues de la Marine Nationale sur lesquelles travaillait mon frère Joseph se trouvaient dans le sud tunisien vers l'île de Djerba.
             Un chiot avait été jeté à l'eau par son propriétaire qui voulait s'en débarrasser, et repêché par mon frère qui le ramenait à sa première permission.
             Nous lui donnons le nom de Djerbi diminutif du nom de l'île dont il était originaire.
             De part ses origines kabiles il était très méchant avec les étrangers, mais il s'avérait être un excellent gardien.
             Mon père l'avait attaché à une chaîne qui coulissait sur un câble d'une vingtaine de mètres. Il ne craignait ni le froid ni la chaleur et ne rentrait jamais dans sa niche.
             A sa manière d'aboyer, nous savions immédiatement s'il s'agissait d'un visiteur, d'un passant sur la plage ou d'un animal.
             Il était doté d'une rare intelligence. Malgré cela, des tours de garde étaient effectués par mon père ou mes frères, alertés par son aboiement qui semblait vouloir nous dire quelque chose de bien précis.
             Dans le silence de la nuit, des voleurs venaient souvent couper à la hache de jeunes arbres, faciles à abattre, mais ils n'attendaient jamais l'arrivée de mon père ou de mes frères pour s'enfuir.
             Il ne nous restait plus qu'à ramasser ce bois qui nous servait à alimenter le four à pain que nous avions construit, et dont l'ouverture se trouvait dans la cuisine. En effet, une fois par semaine, ma mère et mes sœurs faisaient notre pain de campagne et en profitaient pour faire cuire tout les plats de la journée.


             Les animaux

             Après l'élevage de volailles, de lapins et de brebis, voilà que l'on achetait des vaches.
             La pépinière ressemblait maintenant de plus en plus à une ferme.
             De nouvelles chambres pour les garçons étaient construites avec des madriers d'occasion et isolées du froid extérieur par des briques, ainsi qu'un grand local pour la forge et les outils de mon père.
             Ces travaux faisaient que les dimanches et les jours de fêtes, petits et grands, étions tous occupés entre les bêtes, le jardin et la forge.
             Un jour Monsieur Costa, employé dans les bureaux administratifs des travaux publics venait nous demander d'élever un porcelet qu'on lui avait offert.
             Mon père donna son accord, et les conditions de partage furent fixées, à savoir la moitié chacun à son abattage.
             L'animal provenait d'une race sélectionnée, ce qui donna une idée à mon père.
             - Et si nous achetions une jeune truie ?
             La femelle arriva un dimanche et prit le nom d'Antoine, qui d'après l'évangile est le patron des cochons. Le porcelet, lui, prenait le nom de Baharouone, qui était le nom d'un cheik gros et gras comme un porc, patron de la propriété qu'avait géré mon père à Oued Meliz.
             Les deux porcelets grossissaient à vue d'œil et la truie faisait ses premiers petits augmentant notre travail.
             On ne soupait pas avant 20 heures, et lorsque la maisonnée avait retrouvée enfin son calme je faisais mes devoirs de classe à la lueur de la lampe à pétrole. J'apprenais mes leçons le matin très tôt car il fallait s'occuper des bêtes avant le départ pour l'école.


             L'histoire macabre de notre maison à la pépinière.

             En limite de notre pépinière, à environ 300 mètres habitait la famille Manuguerra qui avait 4 enfants.
             François, avait l'âge d'Edouard, Carmel et Casimir avaient à peu prés le mien, et Alfred 2 ans de moins. C'est lui qui nous raconta cette histoire.
             A l'origine, notre maison servait de buvette à l'occasion des fêtes de Pâques et de Pentecôte pour les employés de la "Société Algérienne ".
             Ces fêtes réunissaient des centaines de personnes de souche européenne mais originaires d'Algérie, composé d'un grand nombre d'Alsaciens ou de Lorrains (pieds noirs) venus en Afrique du nord, lors de la reconquête de l'Alsace - Lorraine par les Allemands en 1870 et qui revivaient par ces pique-niques des souvenirs de leur région de France. Un matin, la famille Manuguerra vit arriver un couple de personnes âgées s'installer dans ces locaux transformés en habitation, mais un jour, ils constataient que leurs nouveaux voisins étaient absents.
             Ils pensèrent en premier lieu qu'ils étaient partis en vacance chez leurs enfants, mais ils s'inquiétèrent au bout de quelques semaines.
             Ils allaient jusqu'à la maison, en faisaient le tour, et constataient que sur le toit des tuiles avaient été déplacées, laissant apparaître un large trou. Craignant le pire, ils alertaient la police qui se rendait immédiatement sur les lieux.
             La porte enfoncée, ils découvraient un triste spectacle. Les deux gardiens gisaient à terre la gorge tranchée dans une mare de sang. Les assassins ne furent jamais retrouvés.
             Le plafond de notre salle à manger, laissait encore apparaître la réparation d'un trou de plus de 50 centimètres, et cette histoire macabre jetait un froid dans notre famille. Nous habitions sans le savoir dans une maison où avait eu lieu un horrible crimes.
             Mes parents, superstitieux comme beaucoup de personnes à cette époque se consultaient, et de notre côté nous commencions à avoir peur, ayant toujours entendu parlé de revenants, d'esprits et de maisons hantées.
             Pour conjurer le mauvais sort, on tuait un agneau et aspergeait de sang les quatre coins extérieurs de l'habitation. La viande cuite au four fît notre repas et notre régal de cette journée.
             On fît également frire du poissons à l'intérieur, et les queues crues furent clouées dans quelques coins de la maison.
             - C'était le moyen, comme nous disaient les Tunisiens, pour conjurer le mauvais sort, eux qui en plaçaient au-dessus des portes d'entrées de leurs maisons.
             Y croire ou pas ? Ce qui est certain, c'est que cela nous a réconfortés et nous avions moins peur de la réapparition éventuelle des esprits des deux personnes assassinées.
             La vie reprenait normalement.


             Notre plage

             Une limite de propriété était la plage et presque tous les dimanches matins, mes frères partaient en barque pour pêcher des moules ou du poisson à quelques dizaines de mètre du rivage.
             Aurélie et moi étions encore jeunes et nous commencions tous juste à nous maintenir à la surface de l'eau, aussi nous restions sur les bords, tandis que nos frères faisaient les acrobates en eau profonde.
             Par surprise, ils nous saisissaient et nous emmenaient parfois vers le large et malgré nos cris de frayeurs, nous laissaient nous débattre dans des fonds de 2 à 3 mètres. Au bout de quelques temps, nous y allons tout seul, et même à les accompagner.
             Nous péchions des jambonneaux de mer, des mollusque gastropodes marins à coquilles triangulaires ancrés dans le fond marin pouvant atteindre jusqu'à 50 centimètres de long.
             Ces coquillages qui vivent par banc sont enfoncés de 10 à 15 centimètres dans le sable ou la vase. Les deux valves restent ouvertes pour capturer leur nourriture composée en général de crabes, de crevettes ou de petits poissons.
             Pour les pêcher, il faut les toucher pour qu'ils se ferment, poser les deux pieds de part et d'autre, et par balancement, les déraciner et faisant attention de ne pas se couper les mains aux aspérités de leurs coquilles.
             Gros comme un bouchon de bouteille, le tendon reliant les deux coquilles est cuit et cuisiné en salade. Dans les entrailles, très charnues, faites de multiples boyaux on pouvait trouver de petites perles noires, rouges mais rarement blanches.
             De petits artisans extrayaient du nacre de ces coquilles pour en faire des boutons, et les artistes y peignaient des paysages qu'ils vendaient dans les magasins de souvenirs situés dans les ports.


             Le droit d'aînesse

             Nous vouvoyions nos parents, d'abord par respect, et même le plus jeune devait obéissance envers son aîné.
             Moi qui était le 6ème de la nichée, je me sentais lésé et je n'acceptais pas d'être commandé par ma sœur Aurélie qui avait 13 mois de plus que moi.
             Dans mon esprit d'enfant, un homme devait commander une femme et mes frères s'arrangeaient pour nous dresser l'un contre l'autre. Je me savais physiquement plus fort qu'elle et lorsqu'elle se sentait en danger, elle faisait appel à Marie qui me corrigeait, mais je ne manquais pas l'occasion de me venger en la saisissant par ses nattes, mes seuls armes pour la réduire à ma volonté.


             La grotte

             Un dimanche après-midi, nous décidions de visiter une grotte dont on parlait tant, et située à plus d'un kilomètre de chez nous.
             C'était en réalité une source, qui aux cours des années c'était transformée par l'érosion en une grotte que les Tunisiens nommaient "marabout " et il était reconnu que boire de son eau portait bonheur.
             Autour de cette source, les oliviers étaient ornés d'offrandes que les autochtones venaient déposer à l'intention de leur marabout et à l'intérieur, des quantités de bougies brûlaient. C'est avec respect et superstition que nous allions vers cet endroit et buvions de son eau. Ce que les Tunisiens considéraient sacré, comme le "marabout " était pour nous chrétiens, l'équivalent des croix de la passion que l'on trouvent dans les villages de France.
             - Vous y croyez, vous à ces histoires de vilains négros ? Si tu ne m'accordes pas le vœu demandé, je reviens et je t'arrache les yeux cria Marie la fiancée de mon frères Antoine en portant son verre à sa bouche.
             - Marie il ne faut pas plaisanter avec ces choses la, si tu n'y crois pas, est au moins le respect de ces lieux, lui répondit sa sœur Joséphine, fiancée à mon frère Joseph. - Pourquoi ? Vous y croyez à ces choses là ? Répondit-elle dans un grand éclat de rire.
             La soirée à la maison se passait sans incident, et la famille de Marie et Joséphine nous quittait car le lendemain, le travail nous attendait.
             Le lundi soir, à 18 heures Marie rentrait toute épouvantée chez elle en disant que toute la journée, on avait frappé à la porte de son travail. Sa patronne, croyant avoir affaire à un plaisantin, se mettait au balcon pour voir si quelqu'un rentrait ou sortait de l'immeuble, que tout les couloirs et étages avaient été visités sans jamais trouver âme qui vive.
             Le lendemain, nouveaux coups, mais plus fort. Sa patronne se remettait au balcon, Marie qui ouvrait la porte se retrouvait face à un grand noir qui criait en avançant ses mains comme pour la saisir:
             - Ferme, ferme, ou bien je t'arrache les yeux.
             Elle s'évanouit, et sa patronne accourant au bruit de la chute, la trouvait étendue à terre.
             Ses patrons fouillèrent tout les étages, les coins et les recoins de l'immeuble sans rien trouver d'anormal, mais Marie était tellement malade qu'ils la ramenèrent chez elle. - Nous t'avons bien dit de ne pas te moquer du Marabout. Tu y crois maintenant ?, lui dit Joséphine.
             Sa nuit fut remplie de cauchemars, elle voyait le spectre du Marabout qui voulait lui griffer les yeux.
             Notre famille fut mise au courant et Marie promis de se rendre à la source pour y allumer quelques cierges en guise de pardon, ce qui fut fait le dimanche suivant.
             A partir de cet instant, elle retrouva le calme, et n'eut plus la vision d'un nègre voulant lui arracher les yeux.


             Mes chèvres

             Un jour, un chevrier livrait deux chevreaux à l'un de nos voisins.
             Il n'y en avait pas chez nous, et je me mettais en tête d'avoir ces cabris. Je harcelais ma mère, mais ils n'étaient pas encore sevrés et il fallait leur donner le biberon.
             Le lait ne manquait pas, mais qui les nourriraient pendant que je serais à l'école ?
             Je suppliais Marie et Aurélie de bien vouloir le faire, et c'est après avoir promis des tas de choses qu'elles acceptèrent, et que j' eu mes animaux.
             Mon premier travail dés mon réveil, était de nourrir en musique mes deux pensionnaires avec une bouteille d'un litre remplie à moitié de lait complétée par de l'eau, de la farine et du sucre.
             Elles s'habituaient bien à moi et semblaient attendre avec impatience mon retour de l'école le midi et le soir. Elles me cherchaient dans la maison, et dés que la porte de la salle à manger était ouverte, elles sautaient d'une chaise à l'autre pour parfois monter sur la table, au grand désespoir de Marie qui venait de finir le ménage.
             Ma sœur était furieuse lorsqu'elle était obligée de ramasser leurs excréments ronds comme des olives. J'en prenais pour mon compte lorsque je rentrais, et mes chèvres des coups de pieds pour sortir.
             Cela ne dura heureusement pas longtemps, puisque maintenant elles sont assez grandes pour aller brouter dans les champs.


             Jeux infernaux

             Je changeais d'école et entrais au Collège Stéphen Pichon.
             Nous étions une sacrée bande de copains de 12 à 13 ans, il y avait entre autres, Pierre, Dupuy, Matera François, Le Guilloux Roger, Le Guillec Marcel, Terni Fernand, Deniel Yves. C'était à celui qui inventerait les jeux les plus terribles.
             Un midi, alors que je sortais de l'école avec mon inséparable ami Deniel Yves, avec qui j'avais passé plus de 4 ans sur le même banc en classe, nous croisons Matera et Dupin qui nous demandaient si nous avions des canifs.
             Devant notre réponse négative, ils nous montrèrent les leurs, et nous apprirent qu'ils venaient de crever plusieurs pneus de bicyclettes qui étaient garées devant un restaurant, et que devant la facilité de la tache, ils allaient recommencer un peu plus loin.
             Bien sur, pour éviter toute leçon de moral ou une interdiction de les fréquenter, nous nous gardions bien d'en parler chez nous.
             L'après-midi, avant d'aller en classe, nous nous retrouvions tous à Zarzouna pour prendre le même bac. Arrivé à quelques dizaines de celui-ci, nous constatons qu'il part sans nous attendre, nous obligeant si nous ne voulions pas arriver en retard à l'école, traverser le canal avec une barque payante.
             Nous savions que le Capitaine Chaumerliac n'attendait personne. Cela nous mis en colère et un plan de vengeance fut mis sur pied.
             - Ne vous inquiétez pas nous dirent Dupin et Matera, vous verrez demain.
             Le lendemain après-midi après la classe, ils se procurèrent un câble d'environ 2 mètres qu'ils camouflèrent de leur mieux dans un cartable.
             Arrivé du côté Zarzouna, ils se mirent à l'œuvre, et cela ne dura pas plus de 2 minutes.
             Ils nouèrent la chaîne à la passerelle. Qu'allait-il se passer ? Nous attendions la réponse en allant nous asseoir à bonne distance sur le quai.
             L'embarquement se terminait, et le coup se sifflet annonçant le départ retentissait.
             La passerelle se soulevait et le bac commençait à notre grand désespoir à se détacher du quai.
             - C'est manqué pour cette fois.
             Mais non le bac faisait du sur place, un employé s'apercevait de la cause de la panne, faisait signe au Capitaine qui stoppait immédiatement les machines avant de venir s'en rendre compte par lui-même.
             Sous l'effet de la traction, le nœud s'était serré et c'est à l'aide d'une grosse pince coupante que la chaîne pût être enfin libérée.
             Cela fit grand bruit, et les soupçons se portèrent évidement sur nous. Aussi, pendant quelques jours nous évitions de traverser avec le bac lorsque Chaumerliac était aux commandes. Cela ne pouvait pas durer éternellement, et un jour qu'il était de service et faisant preuve de courage, nous montions.
             Un employé lui signalait immédiatement notre présence, et c'est après nous avoir poursuivit au milieu des voitures et des camions que Matera fut rattrapé et qu'il reçu une belle fessée avec menace de dépôt de plainte à la police.
             L'affaire en est restée là, mais, lorsque Chaumerliac nous voyait, il ne manquait jamais de nous menacer de sa cabine de commandement. Je crois qu'au fond de lui-même, il devait en rigoler, et lorsqu'il pouvait partir sans nous, il ne manquait jamais de le faire.



Le 16 janvier 2006
Histoires vraies : Huitième partie


             Le violent cyclone de décembre 1933
            
C'était l'hiver et j'étais au collège en classe de préparation au certificat d'étude.
             Le matin, mes parents parlaient déjà de la température qui n'était pas normale pour la saison et de l'état du ciel qui laissait présager du mauvais temps.
             Sur le chemin de l'école tout le monde se posait des questions et on parlait d'éclipse du soleil.
             Toute la matinée, le vent soufflât avec violence et la pluie cinglât sur les vitres.
             En classe, il faisait tellement sombre que les lumières furent allumées.
             A 11 heures, avec Yves, nous quittions l'école pour nous rendre à l'église à notre cours de catéchisme, à environ 1 kilomètre de l'école et à 200 mètres du bac.
             - Je préfère rentrer à la maison, je ne vais pas au catéchisme me dit mon camarade qui prit le bac.
             On entendait le roulement du tonnerre qui semblait durer pendant de longues minutes. Tout tremblait dans l'église et de larges éclairs zébraient le ciel.
             Monsieur le curé nous disait que cela devait être un cyclone, et qu'il serait sage de rester à l'abris dans l'attente d'une accalmie.
             Elle ne venait pas et j'avais le soucis de retourner à l'école pour mes cours de l'après-midi.
             A 13 heures, je sortais sur le parvis, mais devant la violence du vent et de la pluie, je prenais la décision de prendre le bac et de rentrer à la maison. Il y avait plein de monde qui attendaient, mais le transporteur n'était ni à quai ni en transbordement.
             Ce dernier, au cours de sa dernière traversée, avait eu ses chaînes brisées par une énorme lame de fond, et se trouvait en aval, drossé contre les rochers, rendant impossible le débarquement de ses passagers malgré les efforts des services compétent pour le stabiliser et l'amarrer à la côte.
             Le canal débordait et dans notre abri nous pataugions dans l'eau de mer qui montait rapidement recouvrant les quais, provoquant une panique générale.
             Malgré les rafales de vent et la pluie qui tombait en trombe, je courais devant moi pour retourner à l'école, et plus d'une fois je me retrouvais plaqué contre les murs des immeubles. Dans le jardin public de la place Madon, il y avait plus de 10 centimètres d'eau. Les arbres déracinés et les branches cassées, volaient comme fétus de paille et venaient me cingler le visage. Les câbles téléphoniques avaient été arrachés et des étincelles jaillissaient des lignes électriques. Les tuiles des maisons voltigeaient et les girouettes qui ne résistaient pas à la fureur du vent, encombraient les rue inondées.
             Dans mon esprit, je n'avais plus qu'un but, me trouver à l'abris dans mon école qui était encore loin.
             Avec beaucoup de peine j'arrivais Rue de Savoie, mais j'avançais avec difficulté. A hauteur de l'atelier de Monsieur Fournier, maréchal ferrant, une rafale de vent me projetait à terre me faisant rouler dans l'eau. Je fut saisi à bras le corps et rentré dans l'atelier par le fils de Monsieur Fournier qui me connaissait bien puisque c'était là que mon parrain Monsieur Lille remisait sa jardinière lorsqu'il venait à Bizerte.
             Ils me montèrent à l'appartement pour me réconforter, et sécher mon linge.
             Je relatais ma mésaventure qui durait depuis 11 heures du matin et comprenant que je n'avais pas encore mangé, me servirent une omelette très épaisse avec du fromage.
             Vers 15 heures, la tornade semblait se calmer et je manifestais mon désir de partir pour l'école. C'était devenu une obsession. Je tenais absolument à y aller. Pour moi c'est là bas que je serais le plus en sécurité. Je les remerciais et quittais cette famille d'accueil.
             Je n'ai eu le temps que de parcourir une centaine de mètres avant que le vent et la pluie ne redoublent de violence me projetant à nouveau contre les murs. Les éclairs illuminaient la ville, les coups de tonnerres se succédaient sans discontinuer, le bruit de la chute des tuiles et des cheminées me parvenait. J'étais tout mouillé, mais j'avais trouvé un abris provisoire dans un couloir.
             Au cours d'une nouvelle accalmie, j'en profitais pour courir vers le collège qui maintenant n'était plus très loin et c'est à quelques mètres du portail que je me mis à pleurer nerveusement.
             La porte de mon école était ouverte et c'est en évitant une grande quantité de branches qui jonchaient la cour que j'ai pu rejoindre ma classe.
             Mon instituteur, Monsieur Busset, persuadé que j'étais rentré chez moi à 11 heures, ne revenait pas de mon emploi du temps. Il me faisait quitter mon tablier, mes chaussures et mes chaussettes pour les faire sécher comme l'aurait fait mon père.
             Nous étions une dizaine d'élève dans une classe sans lumière et notre maître nous raconta des histoires sur les tempêtes, des bateaux en perdition et d'équipages noyés.
             Le Directeur, Monsieur Sénat, passait dans toutes les classes pour donner aux professeurs la consigne de ne laisser partir aucun enfant tant que durerait cette tempête.
             Vers 16 heures, et d'un seul coup, plus de vent, plus de pluie, plus d'éclair, plus de tonnerre. Nous pouvions sortir.
             Les rues offraient un amoncellement de tuiles, d'arbres, de boue, de fils électrique ou téléphoniques enchevêtrés, et tous les employés de la ville avaient été mobilisés pour le nettoyage.
             A 17 heures à l'embarcadère, il faisait déjà nuit, et on pouvait voir les ouvriers qui réparaient les chaînes de bac.
             A 18 heures, se présentaient les ouvriers qui sortaient des usines et je retrouvais mon père et mes frères étonnés de me voir encore à Bizerte.
             Je résumais rapidement ma journée, réservant les détails pour la maison.
             C'est vers 19 heures que le bac pouvait reprendre son service escorté par 2 chaloupes, car il y avait beaucoup de houle, un très fort courant. On craignait que les chaînes cassent de nouveau, mais je me sentais en sécurité parmi les miens.
             Sur Zarzouna, c'était la désolation. Les jardins potager étaient inondés compromettant les récoltes. Les arbres fruitiers et les oliviers dont la récolte était proche étaient détruits. C'est autour de la table familiale que chacun d'entre nous racontait ce qu'il avait vécu pendant sa journée au cours du passage de ce cyclone.
             C'est les journaux du lendemain qui nous apprenaient dans ces grands titres les dégâts occasionnés. On déplorait de nombreux disparus dans les campagnes, des bateaux de pêche avaient chavirés et des marins s'étaient noyés, avec entre autre le père de l'un de nos camarades de classe, Monsieur Attardi. On retrouva plusieurs corps sur les plages plusieurs jours après.
             La crue de la Medjerda qui est le plus grand fleuve de Tunisie, avait provoquée des inondations emportant des troupeaux entiers avec parfois les bergers.
             Par endroit, des grêlons aussi gros que des œufs d'oie avaient traversés les tôles ondulées des hangars et des bergeries, tuant des ovins.
             La région agricole la plus sinistrée était Mateur dans les environs de Bizerte.
             Des marins rescapés racontaient les scènes atroces qu'ils avaient vécus, et pendant bien longtemps on parla de ce cyclone.
            


             L'équipe de football de Zarzouna

             Malgré le travail que j'avais à la maison avec le jardin et les animaux, je participais régulièrement aux matchs qui se déroulaient le jeudi sur notre terrain à Zarzouna .
             Il était situé à environ 300 mètres de chez moi et constitué par une large bande sablonneuse en bordure du canal.
             On y courrait avec peine, et il était très difficile de dribbler ou de faire une passe correcte, mais nous nous contentions de ce que nous avions.
             Notre équipe était composée entre autres de Du pin dup jy (Tué à Monté Casino), Matera, Deniel, Mascia, Pistis , Terni, Prinzivalli, les deux frères Guicione, Gati Sauveur (qui sera un jour mon futur beau-frère) Jacquinot, etc.
             Avant de pouvoir aller jouer, il me fallait avoir fini le travail qui m'incombait dans la maison.
             La veille, avec mes camarades, nous préparions un plan pour que ma mère qu'ils savaient sévère, m'autorise à sortir. Ils venaient à 14 heures et prétextaient que ce match était de la plus haute importance, se proposant même de m'aider.
             Devant tant d'insistance et de bonnes volontés, elle se laissait attendrir et je pouvais aller jouer le match de 16 heures.
             Nos maillots étaient composés de tricots multicolores avec un short ou un caleçon de bain. Par contre ce que nous avions de commun dans cet accoutrement c'était nos chaussettes bourrées de chiffons, car nous ne nous faisions pas de cadeaux et nos mollets ou nos tibias en sortaient meurtris et plein de bleus.
             Nos chaussures de foot étaient les gros godillots de nos pères ou de nos frères aînés que nous remplissions de chiffons pour les adapter à notre pointure.
             Nos équipes adverses étaient celle de la Gare, de l'Oued-nerdj, de Bijouville, de l'équipe à Chaillou, et parfois celles composées par des tunisiens ou des juifs et qui se terminaient toujours en bagarre générale.
             Sachant donner et recevoir des coups, je tenais le poste d'avant-centre, je n'avais peur de rien, et mes camarades le savaient.
             Parfois, le ballon tombait à l'eau et il fallait un volontaire pour le récupérer. Comme j'avais la réputation d'être le meilleur nageur, je plongeais l'hiver comme l'été, et plus d'une fois la partie de foot se terminait en baignade générale.
            


             Nos méchantes farces

             Avant de faire la prière du soir, les autochtones se baignaient tout nu sur la plage devant chez nous.
             Nous leurs demandions de porter un maillot de bain ou d'aller plus loin, mais ils nous répondaient fort justement que la mer était à tout le monde.
             Dés que nous en voyons un, nous passions en groupe, et l'un cachant l'autre, nous poussions son linge dans l'eau. Cela passait souvent inaperçu, mais dans le cas contraire, nous étions en sécurité car il ne pouvait pas courir derrière nous en tenue d'Eve ou avec des vêtement mouillés.
             Sa seul défense était de nous insulter ou de nous dénoncer à nos parents, mais par prudence nous désignions toujours l'un d'entre nous qui n'habitaient pas sur les lieux pour effectuer l' "opération linge mouillé "
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             Lorsqu'un musulman était en prière, nous avions constaté qu'il attachait son âne à un arbre et nous savions que pour rien au monde il l'interromprait.
             En cachette, nous détachions son animal que nous éloignons le plus possible, et revenions nous asseoir pour voir sa réaction.
             Ne pouvant imaginer que nous étions les auteurs de sa disparition, il venait nous demander si nous n'avions pas vu son âne, et bien sur nous lui désignions la direction opposée. Il arrivait parfois qu'il nous surprenne, alors dans ce cas, il ne nous restait plus qu'à prendre nos jambes à notre cou.
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             Parfois, sur les chemins, nous surprenions un cavalier qui dormait sur sa monture.
             Ces bêtes qui depuis des années parcouraient le même itinéraire, connaissaient bien la route à suivre pour rentrer à l'écurie, et leurs patron pouvaient dormir tranquille sur leurs dos.
             Notre jeu consistait à diriger l'animal dans la direction opposée et à attendre une réaction. Parfois, l'âne restait sur place et se faisait insulter au réveil de son cavalier, mais, le plus souvent nous revoyons repasser la monture 15 minutes après. Bien sur le cavalier se doutait bien que nous en étions les auteurs, mais sans preuves, cela ne se terminait que par des menaces.
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             Juin était le meilleur moment pour faire l'école buissonnière, c'était la fin de l'année scolaire et les examens étaient passés.
             Notre bande se donnait rendez-vous pour une sortie vers la corniche sur ses dunes pour une baignade ou dans la campagne à 5 ou 6 kilomètres de chez nous, pour la chasse aux hiboux qui nichaient dans des troncs d'oliviers.
             Ces oiseaux, que nous prenions en nombre important faisaient notre régal une fois plumés et grillés sur un bon feu de bois.
             Bien que nous sachions que ces animaux ne se nourrissaient que de reptiles ou de coléoptères de toutes sortes, cela ne nous dégouttait pas.
             A défaut de hiboux, nous "pêchions " une poule qui avait eu l'imprudence de s'éloigner de chez elle.
             Notre méthode était fort simple. Nous laissions traîner à sa hauteur une grosse fève attachée à une très longue ficelle qu'elle ne tardait pas à avaler.
             Dés que nous pensions que notre appât avait atteint le jabot, nous tirions tout doucement sur la ficelle, la poule ne pouvant donner l'alerte, étant étouffée par la fève.
             Ils ne nous restait plus qu'à lui tordre le cou et à nous éloigner le plus loin possible pour pouvoir tranquillement la plumer et la faire cuire sur un bon feu de bois.
             Lorsque nos enfants liront toutes ces histoires authentiques, quel jugement porteront-ils sur leurs parents ? De toute façon, après tant d'années, il y a heureusement prescription.


             Nos vacances scolaires

             A mon époque, les vacances scolaires accordées pour les fêtes étaient plus courtes que celles d'aujourd'hui, une discipline de fer régnait dans les écoles, les punitions tombaient à la grande satisfaction de nos parents qui trouvaient que ce n'était pas encore assez sévère.
             Pendant les vacances d'été qui duraient trois mois, il n'y avait pas de grands départs, et les seuls à partir en métropole étaient ceux qui avaient la chance d'avoir de la famille en France.
             Nous entendions parler de la "France ", mais nous n'avions aucune idée de ce que cela représentait, bien que tous les mardis, le Chanzy, paquebot chargé de courrier et de voyageurs arrivait de ce merveilleux pays que nous connaissions pour l'avoir étudier en cours de géographie.
             Pour moi, mes vacances en Tunisie étaient faites du travail à la ferme que me donnaient mes parents, parfois entrecoupés de loisirs.
             Sous les ordres de ma mère, mon programme était tout tracé. Le jeudi était consacré au nettoyage de la porcherie qui devenait un vrai bourbier puant surtout après un orage. Pour les 50 cochons de notre troupeau, je faisais une réserve de feuilles de figues de barbarie que je choisissais parmi les plans les plus touffus. Il fallait les couper et les transporter dans une brouette en plusieurs voyages sur 200 mètres.
             Il ne fallait surtout pas laisser ces animaux sans surveillance car ils avaient vite fait de saccager notre jardin potager ou celui d'un voisin.
             En été, lorsque j'en avais le temps, il me fallait les conduire à la mer.
             Avant de partir pour son travail, mon père me donnait la liste de ce que je devais impérativement finir avant son retour, et c'est avec lui que je passais mes dimanches à des travaux à la forge.
             Nous avions acheté une parcelle de 1000 mètres carrés pour la construction des villas d'Antoine, de Joseph et de celle de mes parents. Il y avait en limite un petit oued envahi par des arbres et des ronces, empêchant l'évacuation des eaux de pluies et inondant le terrain, qu'il fallût nettoyer le soirs et le week-end.
             Heureusement qu'il y avait l'aide des aînés, mais surtout de celle de ma mère, femme travailleuse et forte à qui rien ne faisait peur.
             Il nous arrivait de trouver du temps pour les distractions, dont la principale était la baignade, mais il fallait joindre l'utile à l'agréable, et pendant que nous nous ébattions dans l'eau, ma mère faisait des tas de galets et de sable qu'il nous fallait ramasser et entasser pour la fabrication des moellons devant servir à la construction des futures maisons.
             Pour nous, élèves, ce que nous apprécions le plus, était le dernier jour de classe. Nous mettions de côté livres et cahiers et nous le célébrions de façon un peu vive.
             Dés que nous étions dehors, nous attendions nos maîtres pour chanter :

             "
Vive les vacances, abat les pénitences "
             " Les cahiers au feu et les maîtres au milieu "
             " Passons par la fenêtre "
             " Cassons tous les carreaux "
             " Si le maître parle "
             " Cassons lui le museau "
             " A coup de sabots "
             " A bas la cuisinière, qui pisse dans le chaudron "
             " Et dit aux pensionnaires que c'est du bouillon "
            

             " Gai gai l'écolier, c'est demain les vacances "
             " Gai gai l'écolier c'est demain que nous partirons "

             pendant que ceux-ci passaient devant nous en faisant semblant de ne pas nous entendre. Mais je pense qu'ils ont dût chanter cet air bien avant nous.
            


             La chasse à la glu

             Comme il faisait très chaud, après le déjeuner il fallait faire la sieste. Pour m'y obliger, ma mère m'enfermait avec elle dans sa chambre et c'était pour moi une véritable prison.
             Parfois, profitant du moment où elle dormait profondément, je me levais et sortais sans faire de bruit car entre 12 heures et 14 heures, c'était le meilleur moment pour attraper des chardonnerets à la glu.
             Je la fabriquais moi-même avec de veilles chambres à air que mon père entreposait dans son atelier ou dans sa forge.
             J'allais me cacher le plus loin possible de la maison pour que l'odeur du caoutchouc brûlé ne parvienne pas jusqu'à ma sœur Marie qui ne supportait pas de voir un oiseau en cage.
             Je fixais à un fil de fer des petits morceaux de caoutchouc que je faisais fondre un à un avec des allumettes dans une boîte de conserve, et à laquelle j'ajoutais de la résine de pin.
             Une fois cette masse visqueuse refroidie, j'enduisais des bâtonnets de joncs que je déposais devant une source ou sur les branches de chardons.
             Il ne me restait plus qu'à attendre sous l'ombre d'un arbre les oiseaux qui arrivaient par bande, survolant prudemment les abords de la source. Pour boire, ils se posaient sur mes pièges et, se sentant retenus, ils essayaient de s'envoler . Les bâtons de colle se prenaient dans leurs ailes dés leurs premiers battements. Il ne me restait plus qu'à les mettre en cage.
             Entre temps, j'essayais avec du pétrole de me débarrasser de la glu dont mes jambes et mes mains étaient maculés, mais je ne pouvais rien faire pour ma culotte ou ma chemise.
             Avant le réveil de ma mère, je cachais mes prises, mais dés que Marie voyait dans quel état j'avais mis mes vêtements, éclatait une véritable tempête car elle était chargé de la lessive de toute la famille et rien ne pouvait enlever ces tâches.
             Elle cherchait mes prises de la journée, et me menaçait de relâcher ceux que j'avais mis dans une volière composé de toutes sortes d'oiseaux siffleurs qui nous coûtaient chers en nourriture.
             Pour me punir, on me faisait porter ces linges tâchés, même lorsque j'allais faire des commissions. Bien sur cela ne me dérangeais pas, mais je savais que la plus gênée était ma mère.
             Lorsque Marie et Aurélie se rendaient à la source pour puiser de l'eau, elles regardaient si je n'avais pas mis de piège, et si elle en trouvaient, les jetaient à l'eau. Quel tristesse pour moi de ne pas pouvoir intervenir de ma cachette, mais si Aurélie participait activement à la destruction de mes gluaux, j'attendais de la retrouver seule, et là, pauvres nattes ce qu'elles pouvaient prendre.


             Les têtes d'agneau

             Un jour que ma mère allumait le four pour faire cuire le pain de la semaine, elle m'envoya acheter deux têtes d'agneaux pour le repas du soir. Elle les faisait cuire avec des pommes de terre nouvelles, du petits salés, le tout saupoudré de thym.
             J'arrivais un peu tard sur la place du marché et notre boucher n'en avait plus. Je demandais aux autres boucheries, et c'est à la dernière que l'on me proposa en remplacement des têtes de chèvres.
             Je les trouvais très belles, et je refusais qu'il retire la peau et coupe les cornes. Après avoir payé, je casais tant bien que mal mon achat qui dépassait majestueusement de mon sac.
             - Il n'y avait plus de tête d'agneaux, alors j'ai pris deux têtes de chèvres, dis je à ma sœur en arrivant vers les 13 heures à la maison.
             - Je ne veux pas de ces têtes. Retourne-les chez le boucher me répondit-elle en voyant ces imposantes cornes.
             - Ce n'est pas possible, à cette heure c'est fermé.
             - Eh ! Bien tu les rapporteras demain.
             - Non je ne veux pas.
             - Si seulement tu les avais faites nettoyer et surtout fait couper les cornes.
             - C'était trop tard. Le boucher n'a pas voulu le faire.
             Ma mère, qui arrivait sur ces entrefaites, piqua à son tour une grande colère et me donna une fessée. Je fis semblant de pleurer, mais ce que je redoutais le plus, c'était d'avoir à les retourner le lendemain.
             Le calme revenu, ma sœur avec une hache, vint à bout des cornes avant de s'attaquer à la peau, ce qui n'était pas une mince affaire.
             A la première occasion où j'allais avec ma mère au marché, elle voulu connaître le boucher. Quelques mots furent échangés entre eux, et pendant longtemps ma sœur me rappela cet exploit sous la forme de menaces.
            


Le 23 janvier 2006
Histoires vraies : Neuvième partie


             Mes premières amourettes :

             A 16 ans, je tombais amoureux de Marie Jeanne, une petite rouquine qui habitait non loin de la pépinière.
             Nous arrivions à échanger quelques bisous, et notre correspondance de collégiens amoureux était confiée à son petit frère Robert.
             Elle accepta d'être ma demoiselle d'honneur pour le mariage de ma sœur Marie.
             Mon camarade François lui fit la cour, et elle devient sa cavalière pour le mariage de son frère qui épousait une de mes cousines, mettant ainsi fin à nos relations.
             Nous restâmes bons camarades mais François ne la garda pas longtemps car comme disait la chanson, " Marie-Jeanne aimait à changer d'amour……. "
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             Il y eut ensuite Albine, Ma..ia fille d'un coiffeur pour dames.
             Nous étions épris l'un de l'autre, mais nous savions que ce n'était que passager vu qu'à notre âge nous ne pouvions pas prétendre prendre la chose au sérieux.
             Dés que la gérante du garage où je travaillais s'absentait, Albine s'arrangeait pour venir me rejoindre au bureau.
             Mais que pouvions nous faire ?
             Nous étions assez conscient pour ne pas commettre un acte que nous savions très grave pour elle comme pour moi. Aussi nous nous contentions d'échanger quelques bisous et des mots, qui au fond n'avaient aucun sens profond.
             Cela dura jusqu'au jour ou nos parents qui se fréquentaient eurent des soupçons. Les siens trouvèrent étrange que tout les midis, Albine ressortait, prétextant avoir oublié d'acheter quelque chose pendant ses commissions.
             Nos rencontres s'espacèrent et comme nous ne pouvions pas nous écrire !
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             A 17 ans, je commençais à prendre la chose beaucoup plus au sérieux.
             Nous étions les correspondants de ma cousine Brigitte qui était en pension au collège de Bizerte. J'allais la chercher le samedi soir pour qu'elle puisse passer le week-end chez nous.
             Un jour, elle me présenta l'une de ses camarades, Joséphine Me….ole, que je trouvais mignonne et à mon goût. J'en parlais à Brigitte qui se fit notre intermédiaire.
             Je passais souvent devant le collège pendant les heures de récréation pour leurs porter des friandises dont elles étaient privées dans leur institution. Cela me permettait surtout de voir Phiphi et de pouvoir discuter un peu avec elle.
             En 1937, elles entraient toute les deux dans un collège à Tunis et je crus que tout était fini entre nous.
             Je reçus un jour une lettre de Phiphi, m'annonçant que sa mère, au courant de notre relation, l'autorisait a poursuivre une vraie correspondance officielle d'amoureux.
             Après mes examens de préparation militaire, pouvant choisir une affectation et contracter un engagement par devancement d'appel, je choisis Tunis.
             A ma première sortie, je me rendais directement chez Phiphi. Elle était absente. Je me présentais à sa mère comme étant le cousin de Brigitte, et que venant de Bizerte, je voulait avoir des nouvelle de sa fille.
             Mon excuse était cousue de fil blanc, et Madame Me…..ole, très calmement me dit en me désignant le buffet :
             - Pourquoi cette excuse, cela vous ennuie de dire que vous fréquentez Phiphi ? Toute vos lettres sont là dans ce coffret.
             Je rougis, mais petit à petit elle me mit à l'aise et me permit d'attendre sa fille qui devait rentrer d'une minute à l'autre de son cours de sténo dactylo.
             Ignorant ma présence à Tunis, Phiphi fut surprise de me voir chez elle. Ne sachant pas qu'elle attitude adopter, je lui tendais la main.
             - Vous pouvez l'embrasser me dit sa mère, ce que je fit très gêné.
             Ce soir là, et pour la première fois, je dînais avec elles.
             Je rentrais au cours de peloton de sous-officier, et de par mes études, nos rencontres devenaient de plus en plus espacées.
             Un jour, elle me rendit visite au poste de garde avec l'une de ses amies. Mon ami BOURGEON était là et rendez-vous fut pris pour nous revoir tout les quatre le samedi suivant. Cette journée se passa à nous promener au belvédère et nous fit rentrer tard, provocant un accueil très froid de la part de Madame Me…..ole.
             Devant cette attitude, j'écrivais à Phiphi qu'il valait mieux cesser de nous voir pendant un certain temps, prétextant être très pris par mes études.
             Elle me laissait le choix entre elle et le peloton militaire. C'est lui que je choisis.
             Par l'intermédiaire de mon camarade Dochez, je pris rendez-vous avec elle sur l'Avenue Jules Ferry à l'angle de sa maison pour lui rendre ses lettres et ses photos.
             Devant une situation internationale qui se dégradait de jour en jour, je n'avais plus comme seul souci : Ma carrière militaire.
             Après la guerre je croisais Phiphi sur l'Avenue Jules Ferry. Elle portait un bébé dans les bras.
             Je ne sais pas si elle m'a vu, mais je sais n'avoir ressenti qu'une totale indifférence.
            

             Marie Ngrache (Marie la sale) :

             A Bizerte, il existait une femme très connue de toute la population sous le nom de "Marie Ngrache ".
             Elle était d'une rare saleté, toujours vêtue de guenilles.
             Elle habitait, dans une baraque de tôles ondulées bâtie sur une surface sablonneuse, à l'angle de deux immeubles, où nous trouvions et ramassions de la pierre ponce pour nettoyer nos plumes d'écoliers.
             Notre école se trouvait à environ 50 mètres de chez elle, et pour la bande de jeunes voyous dont je faisais partie, le jeux consistait à bousculer sa cabane et à attendre qu'elle sorte, rien que pour le plaisir de l'entendre nous insulter de mots orduriers.
             Sachant que nous lui jouions toujours de vilains tours, que nous trouvions amusants, mais qui ne l'étaient pas pour elle, elle ne sortait que lorsque nous étions en classe. Toutes les occasions étaient bonnes pour aller embêter cette pauvre femme qui dans ses colères utilisait un vocabulaire multinationale, grossier et immonde pour insulter nos parents, nos frères et nos sœurs.
             Cela nous incitait à tout faire pour la mettre en colère. De temps en temps pour la faire sortir, une pluie de cailloux tombait sur le toit de sa baraque.
             - Sentinelle, sentinelle criait-elle parfois, dans l'espoir d'une intervention du planton militaire qui gardait l'entrée du bâtiment administratif de la marine, et qui parfois nous faisait partir ou nous laissait faire en riant.
             Un jour qu'elle n'était pas chez elle, par curiosité, nous sommes rentrés chez elle.
             Son ameublement se limitait à un vieux sommier recouvert de sacs de toile usagers et de papiers gras d'emballage. Dans un coin une vieille table et une chaise branlante. Il n'y avait rien pour cuisiner. Elle avait confectionné des récipients avec de vieilles boites de conserves qu'elle faisait remplir deux fois par jour des restes des chaudrons de la caserne des tirailleurs (Caserne Japy). Ces militaires la connaissaient bien, car moyennant quelques centimes, elle se prostituait derrière la caserne.
             Tous les ans, elle mettait un bébé au monde, que l'assistance publique lui retirait pour les instruire et les éduquer jusqu'à leur majorité.
             Nous en connaissions quelques-uns.
             Il y avait un, pécheur, qui n'allait la voir que la nuit.
             Une de ses filles, bachelière, était la meilleure nageuse de Bizerte. Elle faisait d'extraordinaires plongeons du haut du bac. Un jour, elle fut remarquée par un officier qui l'épousât et qui l'emmena loin de Bizerte, sans se soucier de sa belle-mère qui se plaignait de ne pas recevoir de sous de sa fille devenue si riche.
             Il y en avait un qui était devenu ingénieur. Après son mariage il voulut s'occuper d'elle, en s'installant à Bizerte. Il ne connaissait la situation de sa mère que par les on-dit. A sa première visite, il trouva la cabane vide. A son retour, il découvrit qui était vraiment sa mère, et ne revint qu'à la tombée de la nuit.
             Elle mit longtemps avant de ce décider à aller vivre chez son fils qui la doucha contre son grès et l'habilla comme une princesse.
             Cela ne dura que quelques jours. Elle ne pouvait pas rester dans un appartement et se disputait souvent avec sa belle-fille qui exigeait d'elle qu'elle se lave tous les matins.
             Elle retourna bien vite vivre dans sa cabane vêtue de ses guenilles, de ses 5 à 6 paires de bas retombant sur ses chevilles, et de ses seaux pour aller chercher sa nourriture à la caserne.
             - Ma bonne dame, non, non, ma petite maison c'est ma vie. Elle est en tôle mais je suis quand même chez moi, et j'y vivrais jusqu'à ma mort, avait-elle répondu un jour à ma mère avec qui j'étais au marché.
             Ce n'était donc pas à cause de sa belle-fille qu'elle était revenue dans sa misère, mais parce qu'elle ne pouvait s'adapter à sa nouvelle vie.
             Un jour, nous apercevions dans Bizerte, Marie la Sale avec celui que nous appelions "l'aveugle ".
             Cet handicapé mendiait dans tous les quartiers, tâtant son chemin avec sa canne. Les gens, par pitié, le prenait par le bras pour l'aider à traverser les rues. Son comportement était parfois bizarre, car il fallait voir avec quelle facilité il se déplaçait pour prendre le bac jusqu'à Zarzouna alors qu'il n'y habitait pas.
             Un bruit invraisemblable courrait. Cet imposteur serait originaire de Tunis et posséderait plusieurs appartements dans les vieux quartiers. On l'avait même vu conduisant Marie dans une jardinière.
             Il est vrai que de temps en temps, le couple disparaissait de Bizerte, mais cela ne nous empêchait pas de les chahuter à leur retour, nous attirant des injures de leurs parts. En octobre 1938, j'effectuais mon service militaire au 62 éme R.A.A de la 1ère batterie à la Manouba et me rendais à Tunis au cours de ma première permission.
             Quelle ne fut pas ma surprise de voir effectivement notre aveugle qui se pavanait avec Marie la sale dans une belle jardinière tirée par un très beau cheval blanc. Je ne pus m'empêcher de crier :
             - A Bizerte tu es aveugle, mais à Tunis tu ne l'es plus ?
             Ils firent comme s'ils ne m'avaient pas entendu, confirmant que c'était bien un simulateur et un imposteur.
            

             Le marabou :

             Il s'agissait d'un personnage bizarre, l'équivalent d'un saint dans toutes les religions.
             C'était un tunisien sans domicile fixe, vivant de mendicité, dormant où la nuit le surprenait, parfois sur une digue, dans un cimetière, dans un coin de la ville ou de la campagne.
             Il était revêtu de centaine de vieux tissus très sales cousus les uns aux autres. Ses cheveux étaient crépus et ébouriffés avec des mèches tombantes en tous sens. Un vieux bournous recouvrait le tout
             Nous en avions une peur viscérale, mais il faisait parti des personnages que nous embêtions de loin lorsqu'il était sur notre passage.
             Nous l'appelions Dour Ya Laoury (aveugle tourne toi). Ce nom le mettait dans des colères noires mais nous nous gardions bien de le provoquer lorsque nous étions seul. Notre courage était puisé dans le fait que nous étions en bande.
             Il avait un air sauvage, bourru, méchant, et très adroit pour lancer des cailloux. Nous savions qu'il ne pouvait nous poursuivre car gêné par ses vêtements qui devaient peser entre 50 et 60 kilogrammes.
             Un jour, par les journaux nous apprenons que :
             " Le nommé Dour Ya Laoury a été trouvé noyé en bordure de la jetée Est de la ville et on ignore les conditions de la noyade. "
             Les bruits courraient qu'il avait voulu satisfaire un besoin naturel en bas de la digue, ou qu'il se serait endormi sur un rocher et qu'il avait glissé dans l'eau pendant son sommeil.
             Il fallut faire appel à une grue de la Compagnie Hersant qui était chargé des travaux portuaire, pour le sortir de l'eau tant ses vêtements étaient chargé d'eau.
             Aucun ciseau ne pouvait entamer son épais manteau et il fallut plus d'une journée de travail à une équipe municipale pour dégager son corps.
             Dans les coutures de sa gandoura, des centaines de louis d'or furent trouvés et reversés à des œuvres musulmanes.
            

             Mes premiers emplois :

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             Nous sommes en 1932, je présente mon certificat d'étude que j'obtiens en juin de cette même année.
             Ce diplôme qui équivaudrait maintenant au niveau du bac pour nos enfants, était suffisant pour rentrer dans la vie active.
             Je voulais travailler dans un bureau, mais je ne savais pas encore dans quelle spécialité. Edouard, me proposa de tenir temporairement les comptes, les commandes et les factures chez un négociant en vin.
             Ce travail me plaisait. Le livreur partait à 07 heures avec les commandes et les factures que j'avais préparées la veille. Après son départ à la retraite, le patron qui le remplaçait pour ce travail, me proposa de l'accompagner dans ses tournées. Vu mon jeune âge, c'est moi qui montais les bonbonnes chez les clients.
             J'en parlais à mes parents, mais mon père me conseillait de continuer en attendant d'en trouver un autre.
             - Georges, tu veux bien continuer seul les livraisons dans l'attente de trouver un autre livreur. Bien sur, tu sera augmenté me demanda un jour le patron, vu que je connaissais bien notre clientèle.
             J'acceptais ces nouvelles conditions, mais je trouvais vite un nouvel emploi dans la station d'essence de Monsieur Gi..in.
             Dans ce garage, j'avais la responsabilité et la gestion du stocke de carburant et des lubrifiants.
             Le gérant, constatant que j'avais les qualités pour ce travail, s'absentait de plus en plus souvent, prétextant une visite chez des clients. En réalité, il se rendait, sauf le jeudi, jour de la visite de l'expert comptable, au mess des officiers pour jouer au poker.
             Au cours du deuxième trimestre, je constatais dans mon inventaire, le manque d'un estagnon d'huile moteur. Je pensais avoir fait une erreur dans un bon de sortie, mais chose étrange, Monsieur Gi..in en prenais la responsabilité.
             Un jeudi, alors que le gérant était convoqué par la direction à Tunis, je parlais avec l'expert comptable de l'erreur de stocke sur l'estagnon d'huile.
             - Ne vous inquiétez pas Etienne, Monsieur Gi..in joue et perd beaucoup d'argent au mess des officiers. Cela dure depuis longtemps. S'il est convoqué, ce n'est pas pour rien. Tous les mois, il doit beaucoup d'argent, mais cela ne l'empêche pas de continuer à jouer, et la direction est au courant de ses absences.
             Il me parla aussi de la vie instable de Monsieur Gi..in qui avait hérité de son père une ferme à Menzel Temine prés de Kébilia au Cap Bon. En peu de temps, il avait dilapidé sa fortune et mis son domaine en gérance à un dénommé Cattoir, qui en quelques années avait réalisé des bénéfices et acheté une autre ferme.
            

             La famille Gi..in :

             Un matin, j'ai été surpris de voir arriver au bureau Madame Gi..in.
             - Etienne, n'attend pas mon mari. Il a été hospitalisé suite à un accident. Je le remplace au bureau jusqu'à nouvel ordre.
             Dans l'après-midi, elle me demanda de me rendre à l'hôpital pour récupérer un sac contenant des couvertures.
             Sur place, un infirmier me dit : - Ah ! Les couvertures de celui qui a voulu se noyer ? De celui qui s'est foutu à la flotte pour ne pas payer ses dettes ?
             Le lendemain, toute la ville en parlait et les journaux en faisaient la une.
             Monsieur Gi..in quittait seul Bizerte pour s'engager à Paris dans la garde Républicaine avec le grade de Lieutenant. Il participait en 1936 aux manifestations de Klichy. Au cours de l'une de ses visites, il me raconta certains détails sanglant précisant que des manifestants fixaient des lames de rasoir au bout d'une perche pour taillader les jarrets des chevaux des gardes chargés de faire évacuer la place.
             Petit à petit, madame Gi..in qui était toute la journée avec moi au bureau, me faisait des confidences.
             Elle était issue d'une famille bourgeoise. Ses parents qui possédaient un château à Azay le Ferron en France dans l'Indre, c'étaient opposés à cette union. Ils seraient outrés de savoir qu'elle travaillait pour éponger les dettes de son mari, et qu'elle devait subvenir seule aux besoins de ses trois enfants, Colette, Pierre et Robert.
             En absence de son mari, elle recevait au bureau des messieurs qui n'avaient rien à voir avec le garage, et pendant leurs présences, je prenais mon vélo pour aller me promener.
             Un jour, elle me fit la remarque que pendant mon absence, elle avait été obligée de servir un client. Je lui faisait comprendre que je ne voulais pas être témoin de la présence de certaines personnes.
             - Je me venge de l'infidélité de mon mari qui pendant sa gérance a eu comme maîtresses, la femme d'un officier, une amie intime ou une connaissance de la famille. Lucie, sa femme de ménage, me racontait une des scènes dont elle avait été témoin.
             Un midi alors qu'elle rentrait dans la salle à manger pour servir un plat, elle eut un mouvement de recul qui n'échappa pas à Colette âgée de 11 ans et qui la suivait, surprenant Madame Gi..in sur le divan du salon attenant à la salle à manger, dans les bras de Monsieur Bo….on.
             Madame Gi..in recevait aussi le lieutenant Pe.it, qui venait directement au bureau. Dés qu'il arrivait, je partais en vélo.
             Elle me raconta aussi une histoire dont la petite Colette qui prenait exemple sur sa mère en fut l'actrice.
             Un jeudi après-midi, alors que les enfants n'ont pas classe, le frère de Madame Gi..in qui habitait Tunis venait chez elle. Pour se débarrasser de ses deux autres neveux, il leurs donna de l'argent pour qu'ils aillent s'acheter des bonbons. Il s'installa dans la chambre de Colette prétextant jouer aux cartes avec elle. En réalité c'était pour jouer à d'autres jeux.
             C'est au moment ou la petite fille se rendait à la salle de bain pour se laver que Lucie s'en aperçût. Elle en informa immédiatement Madame Gi..in à son retour du travail, qui en informa immédiatement son mari qui rentrait le lendemain de France.
             Celui ci fit passer une visite médicale à sa fille. L'acte n'avait été que superficielle, mais Monsieur Gi..in voulut se rendre à Tunis, pour, comme il le disait " Tuer son beau-frère ".
             Celui-ci informé par ses parents avait disparu.
             Monsieur Gi..in restait quelques jours à Bizerte.
             Me retrouvant un jour seul au bureau avec lui, il me demandait si sa femme recevait ses amants au bureau et me citait les noms de Monsieur Bo…on ou de Monsieur Pe.it.
             Je connaissais bien Monsieur Bo…on puisque je discutais souvent avec lui.
             C'était le fils d'un grand industriel du tissu dans la région lyonnaise. Il était marié avec la fille Ca……in, issue de l'une des plus riches familles de Bizerte, propriétaire du plus grand hôtel restaurant et du plus grand café de la ville. Dire qu'il était l'amant de Madame Gi..in, malgré que la femme de ménage les aient surpris dans les bras l'un de l'autre, c'était une chose que je ne pouvais affirmer.
             Le lieutenant Pe.it, je le connaissais mieux, puisqu'il avait été mon instructeur au cours de ma préparation militaire, mais je ne pouvais pas affirmer qu'il était l'amant de ma patronne
             Monsieur Gi..in avait été informé de la liaison et du comportement de sa femme avec ces deux hommes. Après son départ pour la métropole, ce fut au tour de sa femme de me questionner.
             - Est ce que mon mari a posé des questions sur moi ?
             - Non madame, il ne m'a rien demandé, je ne sais rien et je n'ai rien entendu.
             Un matin, elle reçu un courrier de son mari. Je surveillais sa réaction du coin de l'œil, et avant même de l'avoir entièrement lue, elle la déchira et la jeta au panier avant de se remettre au travail.
             A midi, après son départ, par simple curiosité, j'en ramassais les morceaux que je recollais à la maison.
             Cette reconstitution prouvait que plus rien n'allait dans le ménage et cette lettre se terminait par :
             " J'ai bien des armes dans ma chambre, et ne cesse de penser de mettre fin à mes jours, mais seule la pensée de nos enfants m'empêche de mettre cet acte à exécution. Je n'ignore pas ton comportement, mais ce qui m'inquiète, vois-tu, c'est ce triste exemple que tu donnes à tes enfants et surtout à ta fille Colette, et par ta faute nous avons frôlé un drame "


             La fiancée d'Edouard :

             Depuis maintenant 24 heures mes sœurs sont à l'ouvrage. Nettoyage général et total de la maison. Préparation et cuisson des pâtisseries, etc., etc.
             Aujourd'hui, un grand événement se prépare.
             L'après-midi, je guette le passage des voiture de place, mais surtout celle qui doit rentrer dans le chemin menant à notre pépinière.
             Enfin la voilà. Toute la famille sort pour accueillir Madeleine, la future fiancée d'Edouard venue avec sa mère.
             Je la regarde, je la regarde bien, et je me demande si je ne rêve pas. Pour une surprise, c'est une surprise.
             Cette fille n'était autre que cette gentille demoiselle qui semblait attendre quelqu'un et que je chahutais en passant devant elle.
             En fait, elle attendait tout simplement mon frère qui travaillait à l'épicerie Félix Potin.
             J'ai été gêné lors des présentation, mais nous en avons bien rit lorsque nous avons raconté notre histoire.
            


FETES ET TRADITIONS


             Le premier de l'an :

             Par tradition ou par superstition, nos parents tenaient à ce que nous allions leurs présenter nos vœux pour la nouvelle année, le matin alors qu'ils étaient encore au lit.
             La veille, ils avaient préparé de la menue monnaie et en faisaient la distribution, en disant que
             - Toucher de l'argent le premier jour, faisait une rentrée d'argent pour toute l'année.
             Bien sur il s'agissait surtout d'avoir une bonne santé et de la prospérité pour la maison. Ce jour là, il fallait éviter toutes conversations sur les mauvaises nouvelles, les disputes, les colères, les pleurs, car ces malheurs pouvaient durer toute l'année.
             Sitôt nos vœux présentés, avec ma sœur Aurélie nous devions leurs chanter un air ou dire une récitation apprise à l'école. Celui ou celle qui d'entre nous avait le mieux travaillé en classe, recevait quelques pièces en plus.
             Nous devions ensuite présenter nos vœux à nos aînés, qui avaient également préparés quelques sous ou friandises, avant qu'ils ne se rendent à leur tours dans la chambre de nos parents.
             En ces grandes occasions, le menu des repas était prévu bien des jours à l'avance.
             L'après-midi, nous recevions généralement parents et amis, et dans la chaleur résiduelle du four qui avait servi la veille à faire cuire pain et quiches, grillaient amandes et cacahouètes.
             Chez nous, on ne buvait pas beaucoup de vin. Ma mère préparait une sorte de bière légèrement douce et moussante de son invention qu'on appelait "piquette ". Elle la mettait en fermentation dans des bouteilles de limonade vides, les bouchons de liège ne résistant pas à la pression.
             Ce premier Jour de l'An se passait à boire, à manger, à danser et durait toute la nuit.
            

             Le 1er avril :

             Bien que ce jour toutes les farces étaient acceptées, nos parents ne voulaient pas, toujours par superstition, que l'on donne de mauvaises nouvelles car elles pouvaient se réaliser dans l'année.
             Voici donc une farce que j'ai voulu jouer à mon frère Edouard, mais qui je pense, s'est retournée contre moi.
             Ce jour là, le matin de bonne heure, Edouard me réveillait pour aller faire de la pêche à pied.
             La mer était calme et nous longions la plage à une cinquantaine de mètres l'un de l'autre dans des fonds d'environ 50 centimètres.
             Arrivé le premier sur les ruines d'un marabout recouvert par la mer mais qui émergeait encore d'un mètre, je cherchais a distinguer des poulpes ou des seiches qui ont la propriété de se confondre avec la couleur des fonds sur lesquels ils se posent.
             Il n'y avait rien, et de ma fouine, je piquais en tous sens sous les cailloux. Edouard n'était plus qu'à une vingtaine de mètres de moi.
             - Viens vite Edouard, il y a de très grosses seiches.
             Je m'éloignais au plus vite, car cette fausse nouvelle pouvait me coûter un bain tout habillé.
             Etonné de ne pas l'entendre crier, je me retournais, et à ma grande surprise il était occupé à mettre dans son sac d'énormes seiches.
             - J'ai voulu te faire une farce. Quand j'y était il n'y en avait pas ! J'ai piqué de partout avec ma fouine.
             - Tu vois, comme nous dit papa le premier Avril, il ne faut jamais annoncer de mauvaises nouvelles.
             Il en pris 3 grosses et 2 petites, et à la maison tout fier de ses prises, Edouard racontait l'histoire à nos parents, les confirmant dans leur croyance.
             Alors est-ce vrai ? Superstition ou pas ? Les faits sont là.
            

             Le dimanche des rameaux :

             Dernier dimanche de carême, avant le jour des pâques.
             Nos parents nous avaient éduqués en bons chrétiens, dans la pratique et la croyance de cette religion. Mon père ne rentrait dans une église que pour un mariage, un baptême, un décès ou une fête religieuse importante.
             Quinze jours avant cette fête, nous nous réunissions avec quelques camarades pour aller chercher dans la campagne environnante des cœurs de palmiers sauvages. Cela s'avérait souvent difficile et dangereux car protégés par les aiguillons des feuilles, des scorpions ou des serpents qui y nichent. Ces plantes poussant en touffe d'un mètre de haut et pouvant atteindre deux mètres de diamètre.
             Notre cueillette était ensuite enfouis dans le sable pour donner cette couleur blanchâtre, avant d'être tressées en forme de croix ou de paniers.
             Avant la première messe du matin, de très bonne heure, les enfants de tout les quartiers, installaient un stand de vente sur le parvis de l'église, et les premiers avaient la meilleur place.
             Après la dernière messe, l'argent recueilli était partagé entre nous et les rameaux invendus étaient jetés dans un coin pour être ramassé le lendemain par les services de la voirie.
             Personnellement, je n'ai jamais participé à ces ventes, mais j'était toujours là pour la cueillette.
            

             Le mardi gras :

             Le mardi gras avait une grande importance, surtout à Bizerte qui était le premier port militaire de la Méditerranée.
             Les familles des soldats des armées de Terre de Mer et de l'air composaient plus de 50 % de la population. Il y avait majoritairement la Marine composés essentiellement de Bretons, puis venait ensuite les aviateurs, et l'armée de terre avec ses nombreux musulmans dans les régiments de tirailleurs.
             Les officiers qui venaient généralement de la métropole habitaient en ville, et c'est pour cela que nous en comptions beaucoup dans la Rue de Nice et dans notre quartier.
             Les comités des fêtes civils et militaires, organisaient un grand Corso fleuri auquel participaient les administrations comme celle des douanes, de la trésorerie et de la municipalité.
             Le défilé des chars partait du centre ville et se terminait sur le Boulevard en bordure de la plage.
             La tribune officielle était placée sur ce boulevard à proximité du " Contrôle civil ", l'équivalent en France de la préfecture. Au centre de cette place, un monument aux morts avec une immense colonne surmontée d'un énorme coq, emblème de la victoire.
             Le dimanche suivant, les 3 plus beaux chars étaient primés, et je me souviens qu'une année, le premier prix fut obtenu par le char intitulé "La belle Antinéa " présenté par les tirailleurs tunisiens.
             Ces festivités duraient une semaine et se clôturaient par un feu d'artifice tiré des bords de la plage et d'un grand bal masqué.
            

             Histoire d'Antina

             C'est une histoire vraie qui s'est passée dans une forteresse du Sahara entre une très jolie musulmane et les officiers qui étaient tous amoureux d'elle.
             Un jour, le Capitaine Morange y fut affecté. Il résista au charme de la belle. Devant cette indifférence, c'est elle qui en tomba amoureuse et lui avoua n'être qu'une espionne. Elle fut arrêtée et enfermée dans une geôle.



Le 30 janvier 2006
Histoires vraies : Dixième partie


             Les Pâques

             Aujourd'hui, nous sommes le 26 mars 1978, il est 08 heures 30, je suis devant ma machine à écrire, et comme par hasard nous sommes le "jour des Pâques ".
             Ma mère était croyante et pratiquante, contrairement à mon père qui n'admettait pas, par exemple, qu'il y ai plusieurs classes dans les mariages ou dans les offices funéraires.
             - les morts ont tous le droit à la même Messe puisque tous les hommes sont nés de la même façon. Il voyait là, une commercialisation de la religion.
             Il était aussi contre la confession. Il aurait peut être accepté, comme le précise l'acte de confession de se confier à Dieu, mais sûrement pas à un curé qui est un homme comme lui.
             Ma sœur Marie, la plus fervente de la famille suivait ces traditions à la lettre et nous faisait jeûner pendant toute la semaine Sainte. A table, elle ne nous servait pas de beurre, de lait, d'œuf ou de pâtisserie, ce qui n'était pas du goût de mon père et de mes frères. Il ne fallait pas chanter, rire ou s'amuser, et comme avec Aurélie nous étions jeunes, elle nous faisait faire un peu ce qu'elle voulait, et dés que nous dérogions à cette règle, elle avait vite fait de nous rappeler à l'ordre et nous faisait faire un acte de contrition pour le rachat de nos pêchés.
             Même si je croyais à ce qu'elle me disait, je mangeais quand même en cachette des gâteaux.
             C'est le Vendredi Saint que ma mère faisait toutes les pâtisseries. Elle préparait une cinquantaine d'œufs durs pour la décoration d'un gâteau fait d'une pâte sablée découpée en forme de paniers, de poules, de canards, de poissons ou de chiens et sur lesquels elle disposait 3 œufs pour les adultes et 2 œufs pour les enfants.
             Le plus difficile était d'attendre jusqu'au samedi 10 heures 00 que les cloches sonnent pour annoncer leurs retours à Rome et la résurection du Christ.
             En effet, pendant toute cette semaine, pas un seul carillon n'était entendu dans les églises et toutes les statues saintes étaient recouvertes d'un voile violet. Le Vendredi Saint, le curé exposait dans l'allée centrale de l'église un énorme crucifix, et tout les chrétiens, dans une longue procession. se prosternaient pour baiser les pieds du Christ.
            


             Les Pâques à la pépinière :

             Pâques, c'était un peu l'annonce du printemps et des premiers pique-niques.
             La " Société algérienne " organisait à cette occasion une grande fête foraine à la pépinière où toute la population européenne de Bizerte était invitée.
             Les premiers invités arrivaient dés le samedi pour pouvoir choisir les meilleurs emplacements, prés de la plage, à l'abris des sapins nains recourbés par les intempéries de l'hiver.
             Le samedi matin, dés les premières heures, la route située entre la Route Départementale de Zarzouna, Mensel Abderahmane et de la plage, voyaient affluer de nombreuses familles, et dans la journée, on pouvait se retrouver entre 5 000 à 6 000 personnes.
             Monsieur Berthelot, Président du Comité des Fêtes, arrivait le lendemain matin avec les officiels.
             Le dimanche matin, dés le lever du jour, une équipe faisait bouillir de l'eau dans de grands chaudrons posés sur de solides trépieds pour la cuisson d'une grande " macaronade ". La vente de tickets repas donnant droit à des rations pouvait