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Mis en ligne le 29 novembre 2005
LES HISTOIRES VRAIES DE L'ONCLE ETIENNE
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ALLER A : Première partie du 29 novembre 2005 LIRE
ALLER A : Deuxième partie du 5 décembre 2005 LIRE
ALLER A : Troisième partie du 12 décembre 2005 LIRE
ALLER A : Quatrième partie du 19 décembre 2005 LIRE
ALLER A : Cinquième partie du 26 décembre 2005 LIRE
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ALLER A : Sixième partie du 2 janvier 2006 LIRE
ALLER A : Septième partie du 9 janvier 2006 LIRE
ALLER A : Huitième partie du 16 janvier 2006 LIRE
ALLER A : Neuvième partie du 23 janvier 2006 LIRE
ALLER A : Dixième partie du 30 janvier 2006 LIRE
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A V E R T I S S E M E N T
Je (Gérard Cristiano) ne suis ni un écrivain ni un artiste, mais j'aimerais partager avec les nombreux visiteurs de ce site, des histoires vraies que mon oncle Etienne a écrites.
Dans certaines, vous vous reconnaîtrez peut être pour les avoir vécues, connues ou entendues par vos parents ou grands parents.
Afin de préserver l'anonymat de certains, je ne mettrai que la première et dernière lettre de leurs noms, mais les dates et les lieux sont réels.
Toutes ces histoires extraordinaires ou mystérieuses, se passent bien sûr en Tunisie, et pour les commencer, je vous relaterai l'arrivée de notre famille en Tunisie.
Si vous les trouvez passionnantes ou intéressantes, je me permettrai de vous en transmettre une par semaine.
L'ARRIVEE DE NOTRE FAMILLE EN TUNISIE
Dès l'institution du protectorat français et suite aux promesses faites par la France, mes grands-parents paternels vendent en 1884 leur propriété de Sicile située à Sanciperrelo (Yayi) dans la banlieue de Palerme, essentiellement composée d'oliviers et d'agrumes, pour s'installer en Tunisie. Mon père, né en 1881, est âgé de 3 ans. Mon grand-père achète une petite propriété au Bardo dans la banlieue de Tunis et c'est sur cette terre promise que naissent ses frères et sœurs : Anne, Antoine, Antoinette et Joseph.
Au fils des années les terrains environnants sont vendus et la propriété en pleine production se trouve littéralement emprisonnée par des propriétaires qui la convoitent et refusent le droit de passage.
L'affaire portée devant les tribunaux, instaure une animosité avec les voisins.
Un jour où ma grand-mère puisait de l'eau à la fontaine communale, elle est provoquée par des voisines et en vinrent aux mains. Prise à partie par deux d'entre elles, elle est sérieusement blessée au visage.
En rentrant de son travail mon grand-père constate son état et écoute sa mésaventure.
Le mari de l'une d'elle prend la chose de haut et déclare:
- C'est une affaire de femmes. Elle doit se défendre si elle ne veut pas prendre une autre leçon.
De part et d'autre, le ton monte et prend une tournure très sérieuse, dramatique même, quand aussitôt le voisin dans un revirement total dans ses propos dit à mon grand-père:
- Monsieur Joseph, soyez tranquille je vais vous donner satisfaction. Je vais corriger immédiatement ma femme.
Etonné par cette attitude, mon grand-père voit arriver derrière lui une personne, et quelle n'est pas sa surprise de retrouver un de ses amis d'un village voisin de Sicile.
Comme promis, le récalcitrant se précipite chez lui et administre à sa femme une bonne correction dont les cris sont entendus dans toute la rue.
Ce nouvel arrivant se nomme Sgrou. C'est un sympathisant redouté de la pègre Sicilienne et ils avaient fait connaissance de la manière suivante :
Un soir, alors qu'il revenait des travaux des champs sur son cheval, mon grand-père voit deux individus armés attaquer un homme seul. Devant cette inégalité mon grand-père tire un grand coutelas de dessous sa selle et dit :
- Si vous lui faites du mal, vous aurez affaire à moi. Quand on est deux, on ne s'attaque pas à une personne seule.
Avant de se quitter, son protégé lui dit :
- Je m'appelle Sgrou. Un jour je vous revaudrai ça.
Ils ne se sont plus vus depuis cette époque, et pour payer sa dette, Sgrou lui demande s'il veut qu'il le débarrasse définitivement de son voisin.
Mon grand-père considère que sa femme est vengée et remercie Sgrou.
A cette époque, la justice n'existait pas en Tunisie et chacun faisait sa propre loi.
Les mois passent sans que la justice, composée d'avocats et de magistrats qui donnent gain de cause à celui qui lui graisse la patte, ne règle le problème du droit de passage.
A bout de patience mon grand-père vend cette propriété pour s'établir près de la Mornaghia à 18 kilomètres de Tunis.
A cette époque, le gouvernement Français, prêche la fertilisation des terres avec de grandes promesses d'avantages matériaux et financiers, que les paysans et agriculteurs ne verront jamais.
La vie est très pénible, et, sitôt arrivé, il faut parer au plus urgent. Construire son habitation avec l'aide mutuelle des voisins. Avant de procéder aux plantations d'arbres fruitiers, de vignes, d'oliviers ou de légumes, il faut défricher les terrains. Le bois transformé en charbon est revendu, permettant l'achat des vivres et du matériel agricole.
En région montagneuse, la vie des colons est encore plus risquée. Des bandes organisées et armées tuent et pillent les plantations.
Devant ces attaques incessantes, les Européens, organisent des rondes de nuit, et les pilleurs abattus sans jugement sont enterrés sur place
Cette insécurité fait que les Européens ont tendance à s'installer autour de la capitale, et il faut aussi penser à la scolarisation des enfants.
En quelques années, la propriété de mes grands-parents atteint son plus haut degré de rendement.
Il existait une entente mutuelle entre voisin, et chacun s'entraidaient dans les grands travaux agricoles ou de construction de hangars, granges, cuves à vin ou à huile.
Toute la famille participe aux travaux des champs, et les bénéfices servent à acheter de nouvelles terres à fertiliser.
Le grand-père pense à l'avenir de ses enfants, et déjà, les aînés parlent de mariage.
Le produit des récoltes est acheminé vers Tunis pour être vendu. Les routes n'étant pas sûres, les hommes de la contrée forment de grands convois et les petites expéditions font les frais de leur imprudence.
Les 18 kilomètres de la Mornaghia à Tunis, sont toujours parcourus de jour et par étapes. Les routes ne sont pas goudronnées et le trajet est long et fatiguant pour les animaux de trait. Afin d'éviter toutes surprises nocturnes, les convois forment d'importants bivouacs avec des tours de garde.
Souvent des bandes armées tentent des attaques, mais comme disait mon père
- Les ripostes étaient foudroyantes et les bandits abattus sont enterrés sur place. Il faut faire sa loi.
Un jour de juillet, le convoi arrive à Tunis sans encombre. Les légumes, les fruits et les céréales sont vendus à bon prix.
Disposant de quelques heures avant le retour, mon père avec des camarades de son âge se rendent au Marsaletta pour boire un coup et jouer à la Ziquinetta, jeu typiquement sicilien dont je ne connais pas les règles.
La chance sourit à mon père et il gagne assez d'argent pour s'acheter un costume, une paire de chaussure et un superbe chapeau qu'il expose fièrement à son retour à la maison.
Son père lui demanda
- Avec quel argent as-tu payé ces dépenses superflues ?
- J'ai joué à la Ziquinetta au Marsaletta, et j'ai gagné.
- Le linge s'achète avec de l'argent honnêtement gagné.
Sans un autre mot, son père saisit tout ce linge et le détruisit.
Militaire en 1938, je retrouvais cet endroit tel que me l'avait décrit mon père.
Ce cabaret est situé à proximité de la Place de France, dans la rue de la Commission, qui prendra plus tard le nom de Place du Cardinal Lavigerie.
Il est constitué de salles très spacieuses avec des plafonds très bas soutenus par d'importantes colonnes.
A droite en rentrant, un long comptoir de bois rustique et sale. Au-dessus, des étagères pleines de bouteilles de toutes sortes qui semblent être là depuis la création de cet établissement, le tout recouvert d'une épaisse couche de pousière et de toiles d'araignées.
Le mobilier fait dans un bois brut de style campagnard est si lourd qu'il est très difficile de le déplacer ou de le soulever, limitant de ce fait la casse lors des fréquentes bagarres suite à des parties de cartes où l'on mise beaucoup d'argent, le vin (Marsaletta) chauffant les têtes.
" Marsaletta " l'enseigne de cet établissement n'étant que le nom du vin importé de Sicile…
Le 5 décembre 2005
Histoires vraies : Deuxième partie
La rencontre avec Joséphine, ma mère.
Mon père, âgé alors de 19 ans se rend un dimanche avec des camarades de son âge dans un domaine situé à quelques kilomètres de chez lui pour participer à des travaux de maçonnerie.
Il remarqua une belle jeune fille qui vaquait à ses occupations ménagères. C'était la fille du gérant. Il en fit part à ses amis qui la plaisantèrent respectueusement par des propos galants.
Ce travail dura un certain temps, et pour les remercier, le gérant Antoine S……..ri invita ces jeunes gens à venir chez lui, boire un verre de vin produit sur la propriété.
Mon père s'éprit de cette jeune fille prénommée Joséphine, et toutes les occasions étaient bonnes pour revenir et faire plus ample connaissance avec elle et sa famille.
Quant il eut la certitude qu'elle n'était pas promise, il lui fit part de ses intentions mais sans se déclarer, car à cette époque les parents avais un droit patriarcal sur leurs enfants.
Après plusieurs mois, il se décida à en parler avec son père.
Le grand-père, voyant dans cette union partir deux solides bras qui entretenaient le domaine, prétexta qu'il était encore trop jeune.
La grand-mère, était bien plus contrariée car elle le destinait à une cousine qui possédait de grandes terres.
Devant ces refus, et sous prétexte d'aller chez des amis, il se rendait après son travail à cheval chez celle qu'il considérait comme sa future fiancée.
La famille S…….ri comprit ses intentions, une certaine tension s'installa entre les deux familles, mais mon père, tenace continuait de faire cette route.
C'est ainsi qu'une nuit, alors qu'il rentrait chez lui, il croisa deux autochtones avec un chameau porteur de gros sacs.
L'un d'eux dit en arabe.
- C'est un trop beau cheval pour un roumi.
- Je vais lui parler, et tu en profiteras pour lui donner un coup de dabouz (matraque) sur la tête.
Comprenant et parlant cette langue, et avant qu'ils ne mettent leur projet à exécution, mon père sorti de dessous sa selle un pistolet à barillet.
Le lendemain, il porta plainte à la Gendarmerie, et que, en état de légitime défense, il avait tiré et blessé un de ses agresseurs qui s'étaient enfuit en abandonnant le tout sur place. Les gendarmes lui demandèrent de garder chez lui le chameau et son chargement à la disposition de la justice.
Le propriétaire n'ayant jamais était retrouvé, les dattes firent le régal des voisins, et l'animal participa aux travaux des champs dans la propriété.
Mon père parlait toujours de son mariage et contrairement à la famille S…….ri, ses parents s'y opposaient.
Devant sa volonté et sa ténacité, la cérémonie fut finalement célébrée à Tunis le 05 novembre 1902 dans l'église de Notre Dame Du Saint Suaire.
Le couple de jeunes mariés s'installait à Tunis et les S…….ri quittaient Hammaiem pour un domaine à Oued Meliz prés de la frontière Algérienne à quelques kilomètres de Gardimaou.
Le 03 décembre 1903 naissait Joseph, et le 05 janvier 1909 Antoine qui était déclaré à la mairie le 01 juillet 1909.
La grand-mère paternelle restait distante avec sa belle fille, contrairement à son mari qui toutes les semaines gâtait ses petits enfants de friandises et qui portait pour le jeune ménage des produits de la ferme, sans oublier un petit tonnelet de vin.
Cela permis de faire de petites économie dans le ménage et de pouvoir acheter un petit terrain dans un ancien marécage comblé de gravat et d'ordures ménagères au lieu dit Boukha .
Un discret rez-de-chaussée composé de trois pièces et d'une cuisine y fut construit par mon père.
Un jour, un voisin les informa qu'il avait l' intention de construire des appartements sur deux niveaux. Mon père l'avisait que ce terrain était un ancien marécage et qu'il ne supporterait pas une telle construction.
Sure de lui, cette personne lui assura que son entrepreneur avait jugé cette construction sans danger.
Dés la première année, le premier étage menaça de s'écrouler sur la maison de mes parents.
Mon père porta l'affaire devant les tribunaux, mais cela traîna en longueur et lui coûta très cher.
Décision fut prise de vendre cet appartement pour 40 francs à un promoteur, qui, à son tour projeta de construire un immeuble de rapport qui inquiéta fortement le voisin.
Ayant obtenu une gérance prés de chez eux, le grand-père maternel conseilla à mes parents de venir s'y installer.
HISTOIRES MYSTERIEUSES RACONTEES PAR MON FRERE JOSEPH
Dans toutes ces histoires, il est toujours fait allusion aux esprits et au revenants. Les gens de tous les pays sont très superstitieux et les histoires de sortilège, de mauvais sorts, de conjuration et de magie noire vont bon train. Toutefois, ce qui est fantastique c'est la confirmation par les témoins oculaires et par la vérification de ces faits authentiques et véridiques
Le revenant
Le domaine acheté prés de la frontière algérienne par pépé et mémé S…….ri avait une histoire macabre.
Il avait été construit sur les ruines d'un ancien Café Maure et d'une écurie servant de remise pour les bêtes.
Un jour, un riche maquignon des environs de Ghardimaou s'endormait dans le train qui revenait de Tunis, et ne se réveillait qu'à Oued Meliz qui était une gare en pleine brou .
Le seul gîte possible n'était que ce Café Maure, il s'y installa pour la nuit.
Il était tard et le patron servait son dernier client.
Il y mangea et bu le thé rituel clôturant un bon repas.
Pour payer, il sorti de sa ceinture quelques louis d'or qui firent briller de convoitise les yeux des deux témoins.
Dans la nuit, il était assassiné, délesté de son or, et son cadavre jeté dans l'oued Medjerda.
Longtemps après, cette histoire était confirmée à mes grands-parents par un voisin qui ce soir là faisait une ronde de sécurité sur son domaine et qui avait reconnu dans les deux hommes, le patron de l'établissement portant un cadavre sur ses épaules.
Il avait gardé cette histoire secrète par peur de représailles sur sa famille ou sur lui-même.
A l'achat de ce domaine, nos grands-parents ignoraient cette histoire, et avaient modifiés la destination des constructions.
Ils bâtissaient une porte d'accès à une nouvelle pièce d'habitation à l'emplacement précis où avait eu lieu le meurtre.
Un soir, je devais avoir entre 3 ou 4 ans, notre mère Joséphine, nos oncles Joseph, Roche, Emmanuel et Jean, nos tantes Thérèse et Jeanne y restaient pour la nuit.
On me coucha dans le même lit que Emmanuel et Jean.
Dans la nuit je me réveillais et je regardais vers cette porte d'entrée. J'ai vu un homme très grand, vêtu d'un burnous blanc qui se balancait d'un pied sur l'autre.
J'ai pris peur, j'ai crié, j'ai pleuré et réveillé toute la maison.
Pépé et mémé me demandaient la raison de ces cris, mais, tétanisé, je ne pouvais ni parler ni raconter ce que j'avais vu.
Mémé s'en pris à Emmanuel et à Jean pensant qu'ils m'avaient donné un coup de pied en dormant.
Le lendemain matin, je voulais rentrer chez nous, et on me promis que papa viendrait me chercher. Il n'est pas venu et je passais une deuxième nuit dans le même lit avec nos oncles.
Je me réveillais encore et je revis la même vision. Je criais et pleurais plus fort que la veille.
J'était bien trop jeune pour m'exprimer et mémé s'en pris encore à nos oncles.
Le lendemain, à la maison, maman me grondait pour avoir pleuré deux nuits consécutives.
J'essayais de lui décrire ce que j'avais vu, mais elle pensa que j'avais fait un mauvais rêve.
Quelques temps après, au cours d'une réunion de famille, la conversation se porta sur mes deux nuits de cauchemar et ma vision.
Pépé et mémé très superstitieux firent le rapprochement entre le meurtre dans l'écurie et l'emplacement de la porte d'entrée.
Ils firent de nouvelles transformations, et une partie de cette pièce devient un dépôt pour les sarments de vigne.
Plusieurs années après, mon oncle Joseph se mariait.
Un soir, sa femme qui était enceinte, se rendait dans cette remise pour y prendre du bois pour la cuisinière à bois.
Au moment où elle en ramassait une brassée, elle vit se dresser devant elle un grand homme vêtu d'un burnous blanc, qui se balançait d'un pied sur l'autre en la regardant.
Prise de frayeur, elle prit la fuite, et arrivée à la maison toute tremblante comme une feuille, raconta sa mésaventure.
Pépé et les oncles prirent leurs armes et fouillèrent de font en combles les coins et recoins de la propriété mais ne trouvèrent personne.
La description de sa vision ressemblait avec celle que j'avais eu lorsque j'étais petit.
Toujours est-il que le soir même, ma tante fut prise d'une violente fièvre et qu'elle mourut quelques jours après d'une "maladie inconnue".
Le 12 décembre 2005
Histoires vraies : troisième partie
La partie de chasse.
Un matin de bonne heure, l'oncle Joachim qui était borgne de l'œil gauche, son fils et papa partent pour une partie de chasse.
Le gibier était abondant, et à cette époque, il n'y avait nul besoin de permis de chasse et il n'y avait pas d'espèce de gibier protégé.
Après quelques heures de marche, ils se séparèrent en se mettant d'accord sur le signal de ralliement, à savoir un coup de sifflet.
Papa repérait une tourterelle qui venait de se poser sur la branche d'un énorme caroubier au tronc énorme et creux.
Le soleil empêchait papa de l'ajuster pour tirer. Il contourna l'arbre mais heurta de son pied ce qu'il prit pour une grosse racine.
Il regarda par terre et comprit qu'il venait de se cogner contre la queue d'un énorme serpent qui semblait dormir dans le caroubier.
Il fit quelques pas en arrière. Le serpent réveillé par ce choc commençait à bouger et c'est à ce moment que papa vit son énorme tête.
Il réalisait qu'il se trouvait ou du moins le pensait-il face à un énorme boa.
Il lança le coup de sifflet de ralliement et en quelques minutes, les trois cha eurs se retrouvaient devant l'animal qui sortait de son repaire.
Ils chargèrent chacun leurs fusils de deux balles et tonton qui était cla é parmi les meilleurs tireurs de la région fut chargé de viser l'œil.
Au signal, les six coups partirent en même temps frappant la tête ; Papa m'a dit avoir vu quatre balles ricocher, mais que celle de tonton touchaient leur cible.
Sous l'effet de la douleur et de ses blessures, le serpent fou furieux, se heurtait à tout ce qui se trouvait devant lui, balayant avec sa queue les arbustes et les haies qui voltigeaient comme des fétus de paille.
Se tenant à bonne distance de l'animal qui saignaient abondamment et qui poussait des cris stridents qui, comme disait papa, ressemblait à un vent de tornade, ils rechargeaient leurs armes.
Ces bruits entendu à des centaines de mètres à la ronde attira des bergers médusés devant ce spectacle.
L'agonie dura prés de trois quart d'heure et trois nouvelles cartouches furent tirées.
Lorsque qu'ils jugèrent que la bête était terrassée, ils s'approchèrent, et découvrirent à proximité du gîte de l'animal un amoncellement impressionnant d'excréments composé essentiellement de laine de mouton.
Depuis un certain temps, les bergers se plaignaient de la disparition de leurs moutons et s'accusaient mutuellement de vol. C'est ainsi que l'énigme sur la disparition des ovins dans la région fut résolue.
L'animal qui faisait plus de sept mètres de long, fut transporté dans un arabat et vendu à un naturaliste de Tunis pour une bouchée de pain, payant tout juste un casse-croûte aux chasseurs et de l'avoine pour le cheval.
Personnellement, j'ai connu et vu ce reptile exposé pendant de nombreuses années dans la vitrine de ce magasin.
Le riche célibataire.
A sa mort, un riche exploitant léguait à son unique fils Salvadore ses deux propriétés.
Ne pouvant s'en occuper tout seul, Salvador exploita celle située à proximité du village et mis en gérance celle qui était située en pleine brousse.
A l'occasion de son passage au village pour son ravitaillement, le gérant lui rendait comptes sur la tenue de l'exploitation et lui versait le produit sur de la vente de la production.
Le temps passait et Salvadore vieillissait. Il n'avait pas d'héritier et refusait d'admettre que son immense fortune soit vendu au profit de l'état.
Nino s'adaptait à sa nouvelle situation et secondait admirablement son nouveau père dans les travaux des champs et de l'administration du domaine.
Lorsque Nino eu 18 ans, Salvadore lui révéla en quoi consistait son immense fortune, et le soir même, le conduisit dans un coin de la ferme où était caché un coffre de louis d'or (quarante kilogrammes environ) composé en partie par le reste de l'héritage de son propre père et les revenus de ses terres.
- Vois-tu mon fils, un jour tout cela sera à toi. Fais moi le serment de ne jamais rien dire à personne et de ne pas dilapider cet or.
- Oui papa, j'en fais le serment.
Un matin, Salvadore envoyait Nino emprunter un mulet chez le gérant.
- Mais que voulez vous faire de cette bête ?
- Je ne sais pas, papa en a besoin.
A la tombée de la nuit, les zembils (sorte de grandes poches retombant de part et d'autre de l'animal confectionnées avec une herbe proche du jonc) furent remplies par Salvadore et Nino de petits sacs de Louis d'or et ils prirent ensemble la direction de la deuxième propriété.
A leur approche, les chiens se mirent à aboyer, réveillant le gérant qui entendait distinctement à quelques distance le bruit des sabots de son animal.
Intrigué par cette présence tardive, il se leva, reconnu son patron et son fils. Il suivi le convoi qui se dirigeai vers un grand olivier. Il se cacha en attendant la suite.
Pendant prés d'une heure, il les vit creuser un trou y placer les petits sacs dont il ignorait le contenu et Salvadore de dire à Nino.
- Nino, jure sur ton âme que tu sera le gardien de ce trésor et répète après moi ces mots magiques : " Le trésor ne pourra être extrait de sa cachette que lorsqu'on aura fait frire dessus du poisson vivant. " Ainsi le sort ne pourra être conjuré qu'à cette seule condition. Maintenant rebouche le trou.
- Papa il est bien grand ce trou.
- Mon fils, ton corps et ton âme en seront les gardiens.
Pendant que le pauvre Nino versait les premières pelletées, Salvadore se saisie de la pioche et en portât plusieurs coups au petit noir qu'il tua. Il l'enterra et camoufla sa cachette avec de l'herbe et des branchages. Son travail terminé, il regagna tranquillement sa maison en enfourchant le mulet qu'il rendit le lendemain à son gérant.
Le gérant avait bien sure raconté toute l'histoire à sa femme et ils décidèrent de s'approprier le trésor lorsque le moment serai venu.
Salvadore reçu quelques jours après la visite de son gérant qui lui demanda:
- Nino n'est pas là ?
- Non je l'ai envoyé étudier à la ville.
Les années passent et Salvadore meurt.
Quelques jours après les funérailles et avant que l'état ne s'approprie des terres, le gérant et sa femme décident de mettre leur plan à exécution.
La mer se trouve à quelques kilomètres de là, et par un bel après-midi il se munissent d'une grande poêle à frire, d'huile et façonnent un trépied en pierre pour suivant la phrase magique, se préparer à faire frire du poisson vivant sur l'emplacement du trésor.
Evaluant le temps qu'il fallait pour effectuer un aller retour, ils se mettaient d'accord pour l'heure à laquelle l'huile devait être chaude.
Au port, il promettait une grosse somme d'argent au pêcheur qui lui amènerait du poisson vivant.
Sa demande était vite satisfaite et pour le trajet de retour les prises étaient placées dans un bac étanche.
Dés qu'elle le vit apparaître sa femme activa le feu et l'huile était bouillante lorsqu'il jeta le poisson dans la poêle.
Au itôt, du haut de l'olivier, une voix s'éleva et dit en patois:
- O che viristi (ou que tu vas)
- O che sintisti (ou que tu as entendu)
- Troppo presto fascisti (trop vite tu est venu)
Ils levèrent la tête et virent le spectre du petit noir gardien du trésor.
Le gérant tomba foudroyé sur place et le spectre disparut.
Sa femme épouvantée alerta ses voisins et les services de gendarmerie. Elle quitta la propriété pour se retirer en ville. Personne ne sait ce qu'est devenu ce trésor.
Chien ou loup ?
Nos grands-parents habitaient un village, mais possédaient à environ 6 kilomètres un terrain à la campagne sur lequel était bâti des petits cabanons qui servaient à entreposer des outils ou d'abris contre la chaleur ou les orages.
Un après midi, alors qu'il s'apprêtait à s'y rendre, mémé lui dit :
- Joseph, amène le petit avec toi.
Le temps était froid et à l'orage, mais nos ancêtres ne s'arrêtaient pas à cela.
Enfourchant son cheval, il plaça papa devant lui tout joyeux de faire cette belle promenade.
Après avoir traversé le gué délimitant le terrain, il arrivèrent au cabanon situé à 50 mètres plus loin.
Pépé s'aperçut qu'il avait oublié son sécateur tout neuf à la maison et pour aller plus vite, il déposa papa dans l'abri en lui disant:
- Ne bouge pas d'ici, je vais à la maison et je reviens de suite.
Il n'avais parcouru que quelques kilomètres lorsque d'un coup le vent se leva et un gros orage éclatât, déversant une pluie diluvienne transformant le petit cours d'eau en un torrent infranchissable.
La nuit tombait vite, la tempête faisait toujours rage et craignant que papa ne quitte son abris, il l'appelait pour le rassurer, mais le vent était trop fort et le cabanon n'était plus visible.
Au loin, comme le glas, l'horloge de l'église égrenait les heures : 01 h 00; 02 h 00; 03 h00;;;
Grand-père craignait que des loups, nombreux dans cette région ne soient attirés par l'odeur de papa et espérait que celui-ci avait fermé la porte.
04 h 00; 05 h 00; 06 h00; le vent tombait et la pluie cessait. L'aube commençais à poindre et le cabanon redevient visible.
Devant la porte, grand-père distingua, assis sur son postérieur un animal de couleur fauve.
Pris de panique et avec de grandes difficultés, il traversa la rivière dont l'eau boueuse lui arrivait jusqu'à la ceinture.
L'animal n'était nullement effrayé par cette approche Pépé il lui lança une pierre qui le fit hurler avant de disparaître.
Il se précipitât à l'intérieur et trouva papa qui dormait.
- Tu n'a pas eu peur ou froid ?
- Non, Roméo m'a léché plusieurs fois et s'est couché contre moi pour me réchauffer.
Grand-père à longtemps cherché mais en vain un grand chien de couleur fauve.
Papa, alors âgé de 4 ans fut-il gardé dans ce cabanon, toute une nuit de tempête par un chien ou par un loup ?
La Mauresque.
C'était une nuit du mois de juin ou juillet, saison d'abondance des fruits et des légumes.
Ecrasé par la fatigue et la chaleur de la journée, Papa dormait sous la véranda avec à coté de lui ses deux chiens Rugiero et Bridamante.
Se sentant secouer, il sursauta et entendit:
- Juan, Juan, réveille toi.
Il regardât autour de lui, mais il ne vit personne et crût avoir rêvé car les chiens ne manifestaient aucun signe d'inquiétude.
Il se rendormi et fut réveillé une seconde fois par la même voix, mais les chiens ne bougeaient toujours pas.
Il crût que maman lui faisait une farce, mais celle-ci dormait dans la chambre d'un profond sommeil.
A son troisième réveil la voix dit:
- Juan, Juan, lève toi. On te vole les tomates.
Intrigué, il s'arma de son fusil et de son revolver et parti avec ses deux chiens faire une ronde vers les plants de tomates.
Sur place, il distinguât nettement une femme accroupie, comme occupée à cueillir des légumes.
Il s'avançait et à son grand étonnement elle ne s'enfuyait pas et les chiens ne se précipitaient pas sur elle.
Quelques mètres les séparaient encore, mais notre père ne voyait pas en cette femme une voleuse, mais fût hypnotisé par sa beauté.
Il voulu l'attraper, mais elle disparut pour réapparaître en le narguant derrière un arbre. Ce manège dura un certain temps les faisant parcourir le jardin composé d'une rangée de quinze figuiers espacés de 6 mètres, d'une parcelle de grenadiers, d'un grand jardin potager et d'un immense carré de tomates.
Les chiens suivaient toujours tranquillement papa qui ne pensait pas avoir affaire à une apparition.
Il la vit se diriger vers le puit et s'appuyer sur la barrière interdisant l'accès des animaux au jardin potager. Voulant à nouveau la saisir, elle disparu, et il entendit un rire provenant d'une épaisse haie de jujubiers dont les fruits sont défendus par de grosses épines.
C'est à ce moment qu'il réalisa qu'il ne pouvait s'agir que d'un revenant et ses cheveux se dressèrent sur la tête.
Au réveil de maman, il lui raconta sa mésaventure. Ils se rendirent sur les lieux et découvrirent effectivement que les plates bandes avaient été piétinées, des plans de tomates cassés et des empreintes de petits pieds dans la terre détrempée par l'arrosage de la veille.
La haie de jujubiers inspectée, ils constatèrent que même un chat ne pouvait y pénétrer.
Les légumes et les fruits se vendaient rapidement et à bon prix sur le marché, cette femme ne serait-elle pas le porte-bonheur de la propriété ?
Le domaine prospérait. Bien sur, la terre était de bonne qualité, mais c'est le travail de nos grands-parents qui, du lever au coucher du soleil travaillant sans relâche, avaient transformé cette terre en friche en cette terre généreuse et reconnaissante.
Mémé avait en charge l'entretien et l'irrigation du potager.
Elle puisait l'eau pure et abondante d'un puit, par un moyen archaïque mais ingénieux, pour remplir un bassin.
Un mulet tirait une longue corde au bout de laquelle était attaché un énorme dahlouh (grand sac en cuir de bœuf) qui se vidait automatiquement en bout de course.
Pendant que papa dirigeait avec sa houe l'eau vers les arbres, mémé faisait par jour plus de cent fois des vas et vient. Une barrière stoppait l'animal dans sa course et son chemin était en pente pour l'aider dans son travail d'esclave qu'il exécuta toute sa vie avec un œil étonné.
Le 19 décembre 2005
Histoires vraies : Quatrième partie
Histoire Sicilienne:
Un jour, notre père nous raconta une histoire vraie pour l'avoir vécue lorsqu'il était jeune, pendant une visite à sa famille en Sicile.
Cela se passait dans la montagne dans les environs de Palerme.
Un berger, petit parent de mon père, menait tout les jours ses moutons dans les pâturages. Un après-midi, il constata la disparition d'une brebis.
Guidé par le bêlement de l'animal, il arriva vers un gouffre, et en se penchant, il l'aperçut sur une pente abrupte et dangereuse.
Il réussit à descendre et à l'atteindre. Ses yeux se portèrent vers une excavation dans les rochers. Sa curiosité était plus forte que sa peur. Il s'en approcha et constata que c'était l'ouverture d'une grotte a ez profonde.
A l'intérieur, il découvrit un amoncellement de pièces d'or qui luisaient dans la pénombre. Devant cette découverte, la peur fut la plus forte, et rentré chez lui sans avoir rien pris, il raconta sa mésaventure à son père et à ses frères.
Le lendemain, avant le lever du jour, ils se retrouvaient tous armés devant la grotte, car il pouvait bien s'agir là de la cache d'un butin que des bandits siciliens auraient placé à cet endroit.
Après avoir allumé des torches, ils pénétrèrent et se retrouvèrent face à un véritable trésor composé essentiellement de pièces d'or.
Un des frères montait la garde à l'extérieur pendant que les autres remplissaient leurs poches, mais chose curieuse, à ce moment, ils n'arrivaient plus à trouver la sortie.
Devant ce mystère, ils durent se rendre à l'évidence. Cette grotte était hantée et on ne pouvait en sortir qu'en laissant le trésor en place. Alors que faire ?
Peut être des sacrifices ? Pendant plusieurs jours, ils firent le sacrifice de poules, moutons, chiens, chats noirs, etc. mais rien ni fit. Impossible de sortir avec la moindre pièce.
Ils en parlèrent à de proches parents, et l'existence de cette grotte enchantée se répandit d'un village à l'autre et chacun tentait d'en extraire les pièces d'or tant convoités en essayant de briser le sortilège par des incantations, des prières, de l'exorcisme, des sortilèges.
Un jour il y eut même un homme offert en offrande. L'état prit la chose en main et en fit murer l'entrée. Cela ne suffisait pas, car il était aussitôt démolis. L'armée y mit des barrières et des sentinelles.
Aux cours des années, les villageois sont morts ou immigrés vers d'autres pays, et plus personne ne sait où se trouve cette grotte enchantée.
Les cochons :
Le matin, au lever du jour, et avant même de boire son café, papa faisait un petit tour d'inspection dans son potager. Un jour, il constata qu'une partie de son jardin avait été saccagé dans le courant de la nuit et pensa au passage probable de quelques sangliers.
Il faut s'avoir que la forêt bordant la propriété en était pleine. Il décida de monter la garde pendant quelques nuits.
Il relâchât sa surveillance, et un matin il eut la désagréable surprise de constater qu'une nouvelle parcelle avait été saccagée et que les empreintes étaient bien celle de sangliers ou de cochons.
Un après-midi par une chaleur de plomb, mon frère Joseph qui jouait dehors vit des cochons dans une parcelle de légumes.
Il courut avertir papa, mais à leur retour, les animaux avaient pris la fuite.
De l'enquête rapidement menée, il s'avéra que seul le dénommé Roussel possédait un important troupeau qui vivait en liberté dans sa propriété située dans la forêt environnante.
Plainte était déposée à la Gendarmerie de Ghardimaou.
Convoqué, Monsieur Roussel, papa et les gendarmes constatèrent sur place les dégâts.
L'affaire s'arrangeait à l'amiable et en dédommagement papa recevait une jeune truie qui fut quelque temps après menée chez Roussel pour une saillie.
Elle nous donna 12 porcelets qui se transformèrent en quelques années en un important troupeau.
Le Cheick El Aiachi constatant que sa propriété avait été mise en valeur, a tenté d'obtenir une revalorisation des loyers sous prétexte que la condition de location était la culture et non pas l'élevage de porcs, animaux maudits par le Coran, et que maintenant sa terre était devenue invendable.
Mes parents quittèrent Oued Meliz pour un terrain que nos grands-parents avaient mis en valeur, et malgré les émissaires du Cheick qui regrettait ses paroles, papa déracina les arbustes pour les replanter dans son nouveau terrain et traitât les arbres adultes avec un produit chimique pour qu'ils meurent en quelques années.
Pour cette nouvelle implantation, il ne manquait plus que les signatures au bas du contrat de ce nouveau bail.
La malchance s'en mêle, grand-père est emporté en quelques jours et grand-mère qui n'avait toujours pas accepté ce mariage, remet en question cette installation prétextant ne pas vouloir favoriser un enfant par apport à un autre.
Papa renonça à tout. Il attela son cheval à la jardinière qu'il chargea du maximum de ses affaires personnelles et avec sa famille se rendit chez une tante qui habitait la rue Sidi Bou Mendil dans un très vieux quartier de Tunis et que j'ai eu l'occasion de connaître en 1930.
Cette tante reçu toute la famille, laissant le temps à papa de chercher du travail et un appartement qu'il trouva Rue Rondon .
Les enfants allaient en classe et la vie familiale se déroulait normalement.
C'est en 1917 que naquit Aurélie.
La famille quittait Tunis pour Bizerte où une place de forgeron était proposée à papa dans la ferme du Conte Doganay, dont le gérant était Monsieur Lille, Etienne.
Maman était de nouveau enceinte. Et c'est dans cette situation familiale que je vains au monde.
MES SOUVENIRS PERSONNELS
Notre arrivée à Bizerte :
Après ma naissance, et avant de quitter le domaine pour nous installer à Bizerte, ma mère trouvait dans la rue de Nice une location à la Villa Stella. Cet appartement était composé de trois pièces avec cuisine et d'une cour.
J'était tellement jeune que je n'ai pas beaucoup de souvenir, mais je me souviens que le quartier était très calme et réservé principalement aux militaires.
Je me souviens aussi de quelques noms de nos voisins proches, comme Guillerme, David, Gandon, De Georges, Cecia, la famille du sergent Alli, Oliva, Faure, plus loin des Italiens du nom de Zaccaria, Tuminello, Almanza, des Français comme Escofier, Mademoiselle Etienne professeur de piano, et Grandjean directeur de l'usine à charbon.
Il n'y avait pas d'électricité dans notre cour, mais il y en avait dans les appartements et le couloir. Monsieur Escofier, grand invalide de la guerre 14/18 me prenait dans ses bras et me faisait actionner l'interrupteur du couloir de son appartement. Cela m'amusait beaucoup, et je trouvais miraculeux de pouvoir allumer et éteindre par simple manipulation d'un bouton.
BIZERTE:
De son nom d'origine Ben Zert, il était composé d'un port de pêche appelé par la suite "le vieux port " que les Tunisiens appelaient la Ksiba.
Les accords du Bardo:
Le 12 mai 1881, la France obtenait la concession de la construction d'un port de guerre, et c'est la compagnie des Travaux Maritime Hersent et Couvreux de Paris qui bâtissait le port commercial capable de recevoir des bateaux à fort tirant d'eau.
Le port commercial:
Implanté prés du vieux port sur une surface de 75 hectares, il est délimité par deux jetées de 1000 mètres chacune et distante de 13 kilomètres, avec des musoirs tous les 240 mètres environ.
Construit en pleine terre, il est relié à la mer et au lac par un canal bordé de quais accostables, d'une largeur de 60 mètres de large et d'une profondeur de 10 mètres minimum par rapport au niveau des plus basses marées.
Le lac est séparé du port par une grille ou un filet avec une porte pouvant être manœuvrée selon les besoins et règlements administratifs.
Une voie ferrée passant par Mateur et Tindja, relie Bizerte à la capitale Tunis.
Au cours des années de présence française, il est construit à l'intérieur du lac pour la marine Nationale, à proximité de Ferryville, l'arsenal de Sidi Abdallah qui employait et faisait vivre des milliers de familles européennes ou tunisiennes.
A l'indépendance de la Tunisie, Ferryville prit le nom de Menzel Bourguiba, nom du premier Président de la nouvelle République tunisienne.
Aujourd'hui, de cet arsenal, il n'en reste plus que le nom, puisque que depuis le départ de la Françe, il sert qu'à de petites industries n'ayant rien à voir avec la construction navale, cette jeune République n'ayant que peu de bateaux de guerre ou commerciaux à réparer.
Les ouvriers tunisiens se sont trouvés dans l'obligation de chercher un nouveau travail dans leur pays ou de s'exiler vers la France.
A cette époque, il n'existait pas de convention dans le travail. L'employeur qui n'était pas satisfait de son ouvrier le renvoyait et l'ouvrier qui n'était pas satisfait dans son travail, ou qui trouvait mieux dans une autre entreprise, avisait son patron de son départ pour la fin du mois en cours, et l'affaire était réglée.
Ma marraine:
Nous sommes en 1918, ma mère me portait et avait besoin d'une robe de gro e e. Madame Lille lui proposait de l'accompagner chez sa couturière.
La propriété des Comtes Doganay et Danayak se trouvait au lieu dit El Amila à environ une quinzaine de kilomètres de Bizerte.
Rendez-vous fut pris, et toute deux s'y rendirent en jardinière.
Sur la Place Madon, elles rencontrèrent Mademoiselle Alexandre, dompteuse de fauves au cirque Hommaed qui était stationné à Bizerte et qui ne pouvait rentrer en métropole à cause de la guerre.
Les présentations faites, Mademoiselle Alexandre qui était d'une nature très familière, proposait à ma mère d'être la marraine de l 'enfant qui viendrait au monde.
Sans se démonter, ma mère lui répondit
- D'accord si c'est un garçon, sinon cela sera Madame Lille.
A cette époque, par superstition on disait que les filleuls héritaient du caractère du parrain ou de la marraine et Mademoiselle Alexandre était disait-on une fille un peu légère qui, chose inconcevable à cette époque pour une jeune fille, fréquentait le mess des Officiers.
On me prénomma Georges comme un parent pharmacien de Pisa et Etienne comme mon parrain Monsieur Lille.
Je naquis le 23 janvier 1919 et le baptême eut lieu le dimanche 19 février de la même année en la Cathédrale Notre Dame de France.
C'était la première fois que Monsieur Lille tenait ce rôle. On me raconta par la suite que, involontairement, au moment où il devait me porter, et ne sachant que faire de son chapeau, il le mit entre les mains du curé qui bien gentiment le déposa sur une chaise.
Un grand repas fut donné au restaurant Chianti sur la place de la gare.
Cette fête qui s'annonçait bien, failli tourner en drame de la jalousie entre Mademoiselle Alexandre et Madame Lille, dont j'étais la cause, car j'étais né garçon.
Les années passaient, et mes parents se souciaient de l'instruction scolaire de mes frères et sœurs qui grandissaient.
Les écoles étaient loin du domaine et il fallait prendre une décision.
Ils décidèrent donc de s'installer en ville et mon père trouva immédiatement du travail comme forgeron dans les chantiers navals de la Marine Nationale à Bizerte.
Mon amour pour les animaux :
Dans le domaine des Contes Doganey et Daneyak où je suis né, les vieilles femmes conseillaient à ma mère de me faire boire du bouillon de cœur de chacal pour me faire aimer la nature et me rendre intelligent.
Mon père n'eut aucune peine à en tuer un dans les meutes qui pa aient dans la propriété.
Ce breuvage réussi pour mon amour de la nature. J'étais en effet capable d'entendre ou d'identifier des oisillons dans leur nid, d'élever des escargots dans une boite en carton, d'avoir mon gros chien Loulou, mais pour ce qui est de mon intelligence, je ne le sais pas n'étant en aucune manière intellectuel, c'est pour cela que je pense que se sont des histoires de commères.
Le départ du cirque :
Le cirque Hommaed et ma marraine Mademoiselle Alexandre quittent Bizerte pour la métropole afin de donner des représentations à Marseille puis à Lyon avant de rejoindre le lieux d'hivernage : Paris.
Ce départ fut accueilli avec satisfaction par Madame Lille que j'ai toujours considérée comme ma marraine, n'ayant personnellement aucun souvenir de Mademoiselle Alexandre, si ce n'est qu'une de ses photos en dompteuse.
Tous les ans à Noël, Madame Lille me donnait des étrennes et m'offrait des panoplies de cow-boys ou d'indien avec fusil à fléchettes, et même une année un petit cheval en carton mâché.
Comme elle n'avait pas d'enfant, j'allais passer de temps en temps quelques jours chez elle dans la ferme et inutile de dire comme j'étais gâté.
Bien des années après, j'apprenais que Mademoiselle Alexandre envoyait chez Madame Lille des lettres qui nous étaient destinées mais qu'elle détruisait, et comme nos parents ne savaient pas lire, elle leur disait simplement:
- J'ai reçu des nouvelles de Mademoiselle Alexandre. Elle me demande d'embra er le petit pour elle. Elle vous transmet ses amitiés.
Les nouvelles se faisaient de plus en plus rares, et puis plus rien.
Grand-mère Paternelle :
Un jour, un événement grave survint. Suite à une maladie que j'ignore, ma grand mère paternelle se retrouva paralysée, et d'entre tous ses enfants, elle choisit d'être soignée chez nous.
Ma mère ne lui gardait aucune rancune malgré sa sévère opposition à son mariage, et mon père avant de la recevoir lui avait demandé son avis et son accord.
- Ca ne fait rien, le passé est enterré. J'accepte de soigner ta mère.
Ils la gardèrent très longtemps. Je me souviens que de temps en temps on l'a eyait dans une chaise longue, et qu'avant de mourir elle bénit ma mère, la remerciant des soins qu'elle lui avait donné.
La grand-mère Blaise :
C'était une femme âgée d'environ 75 ans et que nous appelions "mémé Blaise. "
Elle possédait un four et un jour par semaine, une grande partie des habitants de notre quartier venait y faire cuire des plats préparés ou du pain.
Il était alimenté par des fagots de bois de lentisques qu'un tunisien déchargeait dans la rue. Le portail trop étroit pour le passage de son charreton était a une trentaine de mètres.
Pour rentrer ce bois et l'entasser prés de son four, "Mémé Blaise" faisait appel aux enfants présent dans la rue.
Pour nous, ce n'était qu'un jeu, mais pour elle et vu son âge, c'était lui rendre un très grand service qu'elle nous gratifiait par des biscuits qu'elle faisait.
Mais il y avait surtout son élevage de lapins.
Je les aimais, et lorsque je le pouvais, je me mettais en contemplation devant les clapiers où évoluaient ces animaux de toutes les couleurs.
La plus belle et grande des récompenses pour le plus méritant et assidu d'entre nous, était de recevoir un lapereau, aussi ce n'était pas hasard si j'étais souvent présent et m'appliquais dans cette tâche.
Ce fût enfin mon tour de recevoir mon plus beau cadeau et le choisissais blanc avec des yeux rouges.
Nous étions huit à la maison et personne ne manifesta le même enthousiasme que moi.
Où le mettre ?
On lui trouva une petite place dans la cuisine attenante à l'appartement.
Mais il fallait s'en occuper, non pas pour le nourrir, mis pour l'entretien et le nettoyage de sa cage.
Cette besogne ingrate revint à ma sœur aînée Marie qui passait déjà beaucoup de temps aux fourneaux, et lorsque j'étais présent à la maison, je le prenais dans mes bras comme un jouet et même comme un ami.
Le lapin, bien nourri prenait des épaisseurs et devenait gros et gras.
Un jour, de retour de l'école, mon animal avait disparu.
On me joua la comédie :
- Il est peut être sorti !
- Quelqu'un nous l'a volé !
- La fourrière l'a emporté, et je l'ai cru car notre chien Loulou s'était déjà fait prendre, et pour le récupérer, notre père avait payé une amende pour divagation d'animaux sur la voie publique.
- Papa va le chercher.
- A la fourrière il ne l'on pas vu ! Me dit-il le soir en rentrant.
Je le cherchais même dans le champs où nous faisions notre guerre. Pour me consoler, "mémé Blaise " m'en promis un autre si je rentrais encore ses fagots.
Tout cela, sans savoir que le dimanche précédent il avait été servi en civet à toute la famille qui riait sous cape, et que j'avais mangé de mon lapin.
Le 26 décembre 2005
Histoires vraies : Cinquième partie
Nos guerres d'enfants :
Tous les samedis soir, on dansait dans notre cour. Les enfants étaient très nombreux et de temps en temps il y avait des bagarres entre nous. Ma mère avait vite fait de les régler. Elle nous faisait rentrer à la maison.
Notre quartier, essentiellement habité par des familles de militaires ou de fonctionnaires était séparé du quartier appelé la "petite Sicile " par un grand champ qui devait avoir environ 200 mètres de côté.
Pour nous c'était le No Mans Land, et de temps en temps il y avait de vrais fausses guerres entre siciliens et français.
De part et d'autre tombaient de violentes pluies de cailloux dont quelques uns tombaient malencontreusement sur un passant où sur le carreau d'une fenêtre.
C'était un motif de plainte auprès de nos parents qui étaient obligés de nous punir. On entendait souvent parler de "police " mais nous n'en voyons jamais, bien que notre voisin Monsieur Campana était un policier qui possédait un café et qui n'avait pas le temps matériel de s'occuper de nous.
Parfois, nos guerres se passaient au-delà de nos deux quartiers, derrière les habitations de Monsieur Grandjean.
Ce terrain était parfait. Il y poussait des chardons géants, aussi hauts que notre petite taille, nous offrant de ce fait un excellant camouflage permettant de surprendre nos adversaires se trouvant parfois à 50 mètres de nous.
J'avais environ 5 ans et mon frère Edouard 9 ans.
Je ne sais pas à quelle distance je pouvais lancer une pierre, mais un jour que nous étions partis faire "la guerre " j'en reçu une sur le crâne.
Le sang coulait, mettant fin au combat.
Edouard, responsable de son petit frère devait parer au plus pressé. Stopper ce sang qui coulait d'une plaie ouverte.
Je me souviens que tous les antagonistes s'étaient regroupés autour de moi, et que chacun donnait son conseil médical.
Ma plaie fût désinfectée et lavée avec de l'eau stagnante dans laquelle grouillaient des têtards et des anophèles. Pour remplacer le coton on pris de l'étoupe dans une plante aquatique terminée par un espèce d'épi cylindrique et dans lequel on trouvait cette substance. Ma tête fut bandée à l'aide de mon béret basque.
Il ne restait plus à Edouard que de mettre au point une stratégie pour répondre aux questions éventuelles de nos parents.
- Tu diras que tu est tombé et si tu dis à maman que nous avons fait la guerre, je ne t'emmènerai plus jamais avec moi. A la maison tu garderas ton béret sur la tête.
Nous rentrons bien sur le plus tard possible. Notre père était déjà rentré de son travail, et c'est très détendu que nous nous mettions à table.
Etonnée ma mère de demandait ;
- Georges depuis quant tu gardes ton béret à table ?
Je regardais Edouard qui n'en menait pas large. A son retour de la cuisine ma mère me fit une deuxième observation.
- Mais voyons depuis quant garde-t-on le béret sur la tête pendant le repas.?
Je regardais de nouveau Edouard qui était toujours silencieux.
Ma mère déposa la soupière, et joignant le geste à la parole me retira brusquement le béret.
Je poussais un cris de douleur et la plaie se remis à saigner.
- Qu'est ce que c'est que ça ?
- Je suis tombé.
- Non, tu n'est pas tombé c'est un coup de caillou
Edouard fut obligé d'avouer que nous avions fait la guerre.
- Ah !, Vous avez fait la guerre, maintenant c'est moi qui vais vous la faire.
Elle nous envoya au lit, après nous avoir administré une bonne fessée, mais mon père moins sévère obtient que nous mangions au moins une assiette de soupe.
Il n'était plus question de sortir, mais petit à petit, nous recommencions à nous amuser devant la porte, puis un peu plus loin, et encore un peu plus loin.
Cet incident fut vite oublié de nos parents, mais pendant nos guerres Edouard me plaçais à l'abri dans un coin et me disait.
- Toi, tu me regardes faire la guerre et ne bouge pas d'ici.
Je me souviens d'avoir été fièrement à l'école maternelle avec mon superbe pansement.
Mon école :
La responsabilité de m'accompagner à l'école avec ma sœur Aurélie qui avait un an de plus que moi, revenait à notre sœur aînée Marie.
Sa tache était compliquée du fait que notre école se trouvait 500 mètres après la sienne, et qu'elle était obligée de faire un kilomètre de plus avant de rentrer dans sa classe
De plus je ne voulais pas y aller les après-midi car, toujours à la même heure passait un troupeau de moutons qui me faisait peur.
Aussi il fallait partir de la maison en avance, et avec sa camarade Emilie, ils inventaient des jeux où je devais soit les poursuivre ou me faire rattraper.
Cela se passai bien si la porte de l'école était ouverte, sinon en entendant les bêlements je poussais des hurlements et je me cachais derrière ma sœur et sa copine pendant le passage des animaux.
Un après-midi, très contrarié, et ne voulant pas rentrer en classe, je m'asseyais en pleurant sur un banc sous le préau après avoir défait mes lacets de mes godillots.
Ma maîtresse, Mademoiselle Poisson s'approchait de moi pour me consoler. Dans ma colère je lui expédiais une chaussure qu'elle reçu sur le front la faisant saigner.
Elle me dit quoi ?
Je n'en sais rien puisqu'elle se tenait à bonne distance.
Elle voulait me punir par une feuille de travail manuel, mais comme j'avais l'autre chaussure à la main, elle préféra reculer et attendre l'arrivée de Marie qui m'administrait une bonne fessée en me menaçant de tout raconter à notre mère.
Le lendemain, Mademoiselle Poisson recevait un coup de plumier de l'un de mes camarades de classe
La pauvre, elle qui faisait tout pour nous amuser ou nous faire plaisir en nous donnant des bonbons.
Le comité des fêtes de Bizerte organisait pour le mardi gras un bal costumé pour les enfants des maternelles avec la remise d'un prix.
Ma mère confectionnait pour Aurélie et moi-même des costumes qu'elle copiait sur une carte postale datant de la guerre 14/18, représentant les deux sœurs latines (l'Italie et la France).
Le défilé était un dimanche après-midi. Pour se rendre à la salle des fêtes, il fallait passer devant mon école, j'ai cru qu'on m'y amenais et me mis à pleurer et à crier si fort qu'il fallu faire un détour.
La suite, je ne m'en souvient pas très bien, mais je me rappelle avoir mangé des papillotes, d'être monté deux fois sur la scène avec ma sœur, d'être rentré la nuit à la maison, d'avoir été émerveillé par l'éclairage de la ville où régnait une ambiance de fête, d'avoir veillé tard dans la nuit, mais je ne réalisais pas la joie de ma mère pour avoir obtenu le premier prix.
Nos soirées d'été:
Dans notre cour habitait une famille tunisienne qu'on appelait la "famille du Sergent Ali" qui vivait en bonne intelligence avec les Européens et qui était très estimée par tout le monde.
C'était je crois un ancien combattant de la guerre 14/18 qui avait aussi fait la guerre dans le Rif marocain avec l'armée française.
Un soir, depuis chez moi, j'entendais son dernier enfant pousser des hurlements.
Fatma, sa mère, le berçais devant la porte de son appartement. Intrigué, je lui demandais la raison des cris d'Abdelkader, et, me montrant un morceau de piment, m'expliqua qu'elle venait de lui passer dans l'anus pour l'habituer à ce condiment, les musulmans mangeant des mets très épicés.
Le samedi, les familles se réunissaient pour de longues veillées.
Les femmes préparaient des paniers bien pleins. A l'arrivée des hommes tout ce monde se rendait sur le bord du canal situé à environ 300 mètres de nos domiciles pour nous installer sur les pontons.
Souvent, nous pêchions des goujons qui étaient aussitôt nettoyés et grillés sur place, au son des guitares, accordéons, ocarina ou mandoline qui nous donnaient une vraie sarabande.
Des dauphins venaient souvent nous rendre visite. Ils semblaient aimer notre musique car sautant d'un côté à l'autre du ponton ils faisaient des pirouettes pour attraper les restes du dîner que nous leur jetions.
Ils étaient très familier et restaient avec nous jusqu'à notre départ.
Nos parents nous racontaient des légendes et certain disaient que ces animaux avaient sauvés de nombreux naufragés, mais ce que j'ai pu constaté, c'est qu'ils ne craignaient pas l'homme.
Comment j'ai été piqué par une vipère !
Un jour, ma mère nous donnait à ma sœur Aurélie et à moi deux sous pour acheter des bonbons chez l'épicier voisin.
Ma sœur choisit les siens, et moi, je pris trois petits poissons en réglisse, collés les uns aux autres et se terminant par une bague en perle blanche.
Sur le chemin du retour, une de mes bagues tombait sous une longue plaque de métal recouvrant un petit canal d'évacuation d'une descente de gouttière et traversant le trottoir.
J'introduisais ma main et récupérais mon bonbon.
Arrivé chez nous, nous nous asseyons parterre dans notre cour, quant tout à coup ma main gauche se mis à gonfler et à prendre une couleur noir violacée.
Mon camarade Fernand Gandon plus âgé de 2 à 3 ans et qui été avec nous, courut chercher mon père. Je ne sais pas ce qui lui dit, mais ce qui est certain c'est que mon père me pris dans ses bras me rentra à la maison, me désinfecta la main et qu'à l'aide de son rasoir me fit plusieurs entailles dont je porte encore les cicatrices avant de me la tremper dans de l'eau chaude.
Un sang épais et noir coulait. Après m'avoir bandé, on essaya de me faire dire ce que j'avais fait et où j'avais été.
L'enquête commençait.
Aurélie se souvenait mieux que moi de notre parcours, aussi, avec notre père nous sommes retourné chez l'épicier pour refaire notre parcours.
Devant le canal d 'évacuation de la gouttière, il me demanda si j'y avait mis la main, je pense avoir dit:
- Oui pour reprendre ma bague.
Il souleva cette plaque et y trouva une vipère qu'il tua immédiatement.
Alerté, notre docteur de famille, Monsieur Belhnandouz, me fit une piqûre, mais vu mon jeune âge, je n'avais aucune idée du danger auquel je venais d'échapper et me demandais pourquoi tout ce remue-ménage.
Le soir je me couchais avec une forte fièvre, le docteur était revenu, mais le lendemain matin je me levais comme s'il ne s'était jamais rien passé.
Ma scolarité :
Je quittais l'école maternelle pour l'école Fina. Quel soulagement pour ma sœur Marie qui n'avait plus la corvée de m'y conduire puisque Edouard y était élève.
Le jour de la rentrée, je pleurais car je ne voulais pas y aller. Edouard contrairement à ma sœur, m'accompagna jusqu'à ma classe, me présenta à ma maîtresse Mademoiselle Fieschi et s'en retourna rejoindre ses camarades.
Je me revois encore en rang devant la porte de ma classe. Notre maîtresse se mit à chanter en nous faisant rentrer et nous faire asseoir deux par banc.
Pendant cette première matinée, elle alla de l'un à l'autre pour nous poser des questions et faire plus ample connaissance avec ses nouveaux élèves.
L'après-midi, elle le passa à nous enseigner des chansons dont je me souviens encore de quelques paroles
" Quittons les rangs voici l'espace "
" Je ne sais pas où est ma place "
" Cherche bien petit écolier "
" Un peu de ci un peu de la "
" Si tu ne t'en souviens pas "
" En chantant guide tes pas "
" Demande le à ton petit soulier "
" Qui par là est déjà passé "
" Petit soulier gentil "
" Aide moi je t'en prie "
" Suis moi petit enfant "
" Voilà ton ton petit banc. "
Lorsque je ne voulais pas aller à l'école, je pleurais, mais mon frère Edouard, contrairement à ma sœur Marie ne faisait pas preuve de patience. Il m'expédiait parmi mes petits camarades avant d'aller rejoindre les siens.
Les jours, les semaines, les mois passaient, ma maîtresse était très gentille et patiente. Je commençais à prendre goût à l'école. A la maison je récitais mes premiers poèmes et récitations.
Voici les paroles de l'une d'entre elles dont encore aujourd'hui, le 16 mars 1978 à l'âge de 59 ans je me souviens encore des paroles.
" Au pas camarade, au pas "
" La musique nous appelle "
" Au pas camarades, au pas "
" La musique du soldat "
" Et un, un, deux, trois "
" Un deux trois marchons en file "
" Et un, un, deux, trois marchons soldats "
" En avant, en avant les petits troupiers "
" Demi-tour, demi-tour les petits tambours "
" Avancez, avancez les petits troupiers "
" Petits caporaux marchez comme il faut "
" Petits caporaux marchez comme il faut "
L'année suivante, dans une nouvelle classe, je retrouvais Mademoiselle Fieschi.
Je ne sais pas si j'avais des dispositions pour les études. Selon mes parents j'étais doué, et c'est avec l'aide de Marie que je commençais à faire mes premiers devoirs scolaire. Au bout de quelques années, il n'y avait plus à la maison parmi mes frères ou sœurs personne pour m'aider.
Joseph, l'aîné, avait cessé ses études très jeune car nos parents habitaient toujours dans des campagnes et, selon leurs dires :
- Tu sait lire et écrire, cela suffit pour faire une lettre.
Antoine, le cadet, n'aimait pas l'école et au grand désespoir de ses professeurs faisait en classe toutes sortes de bêtises, allant même jusqu'à écrire sur les cols blancs de ses camarades se trouvant assis devant lui et rentrait le soir tellement barbouillé d'encre qu'il lui aurait fallut un tablier propre par jour.
Marie, ma sœur aînée quittait l'école vers 11 ou 12 ans
- Tu sais lire et écrire, lui disait notre père, maintenant tu vas rester à la maison pour aider ta mère.
Edouard, aurait pût réussir dans les études mais il avait de meilleurs dispositions dans les bagarres et même les enfants plus âgés que lui le craignaient. Notre méthode de provocation la plus courante était de nous placer face à notre adversaire et de mettre un caillou en équilibre sur une épaule. La lutte commençait à la chute d'un des cailloux. Ma force et mon courage venait surtout du fait que je me savais bien épaulé par mon frère qui m'entraînait toujours dans ses disputes.
La pépinière :
Un soir, alors que nous étions à table, notre père nous annonçait une "bonne nouvelle "
- Nous allons déménager pour habiter une villa à Zarzouna au milieu d'une immense pépinière et nous en serons les gardiens.
Bien sur il y avait des avantages, plus de loyer à payer, nous pourrions produire nos fruits et nos légumes et même faire l'élevage de poulets et de lapins.
Cette nouvelle fut accueillie avec joie, surtout par moi qui me voyais déjà au milieu de mes animaux.
Notre première visite fût programmée pour le dimanche suivant et le samedi réservé à la préparations du matériel de nettoyage et des paniers à provisions.
Dés le lever du jour, nous prenions la direction de notre nouveau domaine sur la rive opposée de notre lac et que nous apercevions de chez nous puisqu'il se trouvait à environ 500 mètres à vol d'oiseau.
Je ne sais pas combien de temps nous avons marché avant d'arriver au bac qui faisait gratuitement la navette entre les deux rives et qui allait nous faire traverser le canal.
C'était la première fois que je le voyais et j'étais en extase pendant les 10 à 15 minutes que dura la traversée.
C'est après une vingtaine de minutes de marche que les premiers arbres de notre nouveau domaine apparurent.
Avec mes yeux d'enfant, cela ressemblait à une grande forêt comme dans les contes de fées avec une maison cachée par de grands arbres.
L'appartement était constitué de deux très grandes pièces transformables en quatre chambres par une cloison.
Par la suite attenante à la salle à manger, une grande cuisine était bâtie. Des dépendances sur l'aile droite avec un immense poulailler grillagé.
Il n'y avait pas l'électricité, et l'eau de consommation devait être puisée dans un puit situé à environ 50 mètres mais qui avait besoin d'un grand nettoyage, mais peu importe. Pour nous, c'était cela le paradis.
Le soir même, tout était propre et il ne restait plus à mes parents qu'à décider d'une date pour notre futur emménagement.
Il eu lieu le dimanche suivant avec l'aide de nos voisins.
Notre nouvelle vie commençait. Il y avait encore un problème pour notre eau potable car celle de notre puit, malgré son nettoyage était saumâtre et imbuvable. Il nous fallait aller à la fontaine de Zarzouna à prés d'un kilomètre.
Notre père découvrait une source en bordure de la plage à environ 150 mètres de notre maison mais en dehors de notre propriété. Il fallait creuser, la couvrir, la cimenter et placer un tube en métal suffisamment large pour laisser passer un tuyau en caoutchouc plongeant dans l'eau. L'hiver, l'eau de pluie était récupérée dans des fûts disposés aux quatre coins de la maison.
Il y avait un autre problème. Nous étions loin de la ville et donc de l'école. L'été, le trajet était agréable mais l'hiver, parcourir 4 fois par jour le kilomètre qui nous séparait du bac et autant pour nous rendre à l'école était pénible pour nos petites jambes.
Il n'y avait aucun transport en commun, et pendant des années nous partions très tôt le matin pour ne pas arriver en retard ou trouver la porte de notre école fermée.
Au début, Edouard faisait le trajet avec Aurélie et moi, mais petit à petit, il nous laissait pour aller rejoindre ses camarades.
Sa maîtresse nous interrogeait sur ses absences et nous donnait des billet à faire signer par nos parents, mais il nous les prenait et nous ne pouvions donc pas les rendre signés le lendemain à son institutrice.
- Edouard, un jour j'irais voir tes parents lui disait-elle.
- Si vous venez chez moi, je vous fais mordre par mon chien.
Un jeudi après-midi, sa maîtresse accompagnée de sa mère se présenta chez nous.
Devant ce nouveau danger, Edouard détachait le chien qui s'élançait pour attaquer, et elles ne durent leurs saluts qu'à la présence de ma mère.
- Ah grand cochon, tu as dit que tu me ferais mordre par ton chien, et tu l'as fait.
Edouard recevait une première fessée par ma mère, puis une seconde par mon père, qui comme par hasard trouvait encore l'institutrice chez nous en rentrant du travail.
Dans le courant de cette même année, mon père lui demanda
- Oui ou non, veux-tu aller à l'école ?
- Non.
Deux jours après, il faisait son apprentissage dans un garage prés de la gare, et son patron, Monsieur Fa..na recevait des consignes très fermes sur la discipline à adopter.
Les filles de Monsieur FA..NA :
Monsieur FA..NA avait deux filles, Eléonore la cadette et Marie l'aînée.
Un jour, Marie tombait malade et décédait. Les médecins parlaient d'une maladie très grave, mais ne pouvaient définir l'origine de ce mal.
Après une veillée funéraire de 24 heures, un enterrement de 1ère classe était célébré en présence des élèves de son école et de nombreux Bizertins.
Le lendemain de cette cérémonie, le gardien du cimetière, se rendait à la mairie pour informer le service compétent qu'il avait entendu des cris déchirant dans la nuit.
Par mesure de précaution, la mairie en référait au commissaire de police qui se rendait immédiatement sur les lieux en vue d'une enquête.
Suivant les indications du gardien, ils firent des recherches derrière le mur, autour des caveaux, mais ne trouvèrent aucune trace ou signe laissant supposer la présence d'une personne dans l'entourage immédiat du cimetière.
Le gardien insistait quant à la direction du bruit, qui était également celle où se trouvait le cercueil de Marie qui n'avait pas était encore recouvert.
Intrigué, le commissaire décidait de le faire sortir de la fosse, de le faire ouvrir dans les formes légales de la loi.
A son ouverture, il était constaté un grand désordre dans le cercueil.
La robe était déchirée, et la position du corps laissait supposer que la défunte s'était débattue. L'enquête révélait que Marie avait été enterrée vivante.
Cette affaire fit grand bruit dans la ville, les docteurs interrogés, et un procès dont je ne me souvient plus de la délibération eut lieu.
Les journaux en parlèrent pendant très longtemps, et les parents très affectés en tombèrent malade.
Zarzouna :
Nous voici donc depuis quelques temps dans notre nouveau quartier Zarzouna, qui est un petit village à prédominance tunisienne, en bordure du canal face à Bizerte.
On y voyait très peu de militaires ou de fonctionnaires de la Marine Nationale affectés au Fort Ben Negro construit sur la montagne environnante et doté de batteries côtières de gros calibres servant à la surveillance et à la défense sur des milles marins.
Cette immense pépinière devenait pour nous un véritable paradis terrestre, la vie était très dure, mais tellement agréable pour nous gens de la ville.
Il n'y avait ni bistrot ni cinéma, mais mes parents qui avant de venir s'y installer étaient de fervent amateurs de théâtre, connaissaient des airs d'opéra.
Notre mère chantait très bien, et, avec notre père, qui n'était ni baryton ni ténor faisait souvent des duos qui nous remplissaient de joie.
Nous avions tous sur place, l'air pur, l'espace, le travail et les baignades.
Nous dansions tout les samedis soir tard dans la nuit, ainsi que le dimanche après-midi, avec de vieux amis à mes parents, comme les Fiore, les Faure, les Sansoube et d'autres familles qui venaient nous rendre visite.
Il y régnait une ambiance extraordinaire, et vers 16 heures, était servi un goûter composé de moules et de bigorneaux que nous faisions cuire sur une large tôle cylindrique pour les 20 à 30 personnes présentes.
Tout le monde se régalait. Qu'y avait t il de plus beau que cela ?
Petit à petit, nous nous habituons à notre nouvelle vie. Quelques poules, pigeons, canards, oies, dindons, pintades, qui se multipliaient au milieux de nombreux lapins.
Le travail ne manquait pas. Il n'y avait plus de dimanche.
Notre père était plus ou moins illettré et le soir après dîner, Edouard, Aurélie ou moi-même, nous lui lisions à haute voix les feuilletons des journaux.
Notre mère, qui savait lire, prenait plaisir à nous écouter. Bien sur, Edouard qui pour ne pas changer, ne voulait pas être soumis à cette corvée, faisait tout pour énerver notre père. Il gardait sa main devant sa bouche. Il fût donc exempté de lecture.
Par contre, comme il était amateur de livres d'indiens et de cow-boys, et dés que mon père le voyait lire dans son coin, il s'installait à ses côtés et croquait des amandes ou des noisettes au grand désespoir d'Edouard qui interrompait sa lecture.
Nous restions donc à deux lecteurs.
- Lire à haute voix, c'est le seul moyen d'apprendre à lire et à retenir l'orthographe, disaient nos parents, qui parfois nous gratifiaient de quelques centimes.
Nous n'avions pas l'électricité comme à Bizerte, mais des lampes à pétrole à manchon de soie qui donnaient autant de lumière.
J'accompagnais ma mère pour le ravitaillement en épicerie qui se faisait tout les jeudis matin à la Place de France dans le centre de la ville tunisienne.
La livraison était faite par un porteur payé par le marchand en fonction de l'importance des achats.
Au bout de quelques mois, l'achat de légumes ou de volailles n'était plus utile car nous en avions de grandes quantités dans notre jardin.
Notre père, toujours ouvrier dans les forges de la marine est nommé à 2 kilomètres de chez nous dans ce que nous appelions "Les travaux Aussud" qui consistaient dans la construction sous les montagnes du Djebel Abdel Rahmane de plusieurs réservoirs de millions d'hectolitres de réserve de mazout pour les unités maritimes en cas de guerre.
Ces travaux durerons pendant 13 ans, et leurs remplissage 6 ans.
L'ouvrier Agricole :
Devant l'importance que prenait notre ferme, il fallait embaucher un ouvrier agricole. C'était un tunisien qui se nommait Daoud. Il sentait mauvais, et ce pauvre homme souffrait de la teigne à tel point que sa chéchia était collée à son cuir chevelu.
Mon père lui proposa de le soigner.
- Tu sais Daoud, les soins serons pénibles. Alors à toi de choisir.
Un matin, il l'emmena au bord de la plage, le fit mettre à genou, lui retira sa chéchia, et à l'aide d'une brosse lui retira les croûtes qui recouvraient la totalité de son crâne qui était devenue qu'une plaie saignante.
Lavée à l'eau de mer, elle fut recouverte d'une fine couche de poudre de souffre. Mon père lui acheta une nouvelle coiffe.
Pour un musulman, consulter un médecin était une offense à Dieu, et mes petits camarades qui ne retiraient pas leur chéchia en classe, n'utilisaient pas de mouchoirs et ne s'habillaient pas avec du linge d'origine européenne.
C'est dire combien, surtout ceux des campagnes étaient arriérés et fanatiques dans la religion et comme ils disaient:
" Dieu à donné le mal, Dieu le guérira " "Allah mour d'Hallah " "a la volonté de Dieu "
Daoud est resté longtemps à notre service, mais un jour, un "soukrane " (ivrogne) lui proposa quelques sous de plus pour qu'il vienne travailler avec lui.
Ce soukrane qui était ivre du matin au soir, avait une capacité pulmonaire telle qu'il pouvait rester en apnée pendant prés d'un quart d'heure. Il avait obtenue de la Capitainerie du port, le droit de ramasser et de conserver tout ce qu'il trouvait au fond de l'eau en bordure des quais. Pour s'assurer un meilleur butin, il se faisait embaucher comme docker et de temps en temps, envoyait une caisse par-dessus bord, sachant qu'il pourrait la récupérer après le départ du bateau avec la complicité de Daoud.
Ce soukrane, en contradiction avec sa religion, buvait environ 5 litre de vin par jour.
On dit qu'il s'est noyé au cours d'une plongée, mais son corps ne fut jamais retrouvé.
La tempête de sable :
C'était en 1924 ou 1925. Je n'avais que 5 ou 6 ans.
Chaque fois que ma mère allait à l'épicerie pour acheter le pétrole de la cuisinière, je l'accompagnais avec ma sœur Aurélie.
Le magasin se trouvait à environ 500 mètres de notre maison en bordure du canal et il fallait traverser la voie ferrée de Tunis-Bizerte et sur laquelle passait un train le matin et un le soir.
Un jour, ma mère retenue par une tâche urgente, décidât de nous y envoyer, vu que nous connaissions parfaitement le chemin.
Après les recommandations de prudence elle nous remis l'argent, et c'est en tenant chacun une anse du bidon qui devait environ faire 5 litres que joyeusement nous partons.
Après avoir fait le plein de notre récipient, nous reprenons la direction de notre maison.
Il devait être 14 heures. D'un seul coup, le ciel s'est assombri comme en pleine nuit et un violent vent de sable très chaud s'est levé, nous faisant comprendre qu'il se passait quelque chose de pas normal.
Il nous restait environ 250 mètres à parcourir quant éclata un vrai déluge de feu. Le sable brûlant qui nous cinglait le visage devenait si épais qu'il nous obligeait à g |